Polémique: La soprano américaine Kathryn Lewek dénonce la « grossophobie » dont sont victimes certaines chanteuses lyriques

C’est la polémique de l’été dans le milieu de l’opéra. Tout est parti de la représentation d’ « Orphée aux enfers », mi-août lors du Festival de Salzbourg, dans laquelle Kathryn Lewek incarnait une Eurydice avec un talent presque unanimement salué par la critique. Pourquoi presque ? Parce qu’un journaliste du journal allemand Die Welt, Manuel Brug, s’est permis d’évoquer le lendemain, dans un article, ces « Femmes grosses, corsets serrés, qui écartent les jambes ».

 Une digression déplacée qui a fait réagir la principale intéressée, choquée, dans un message publié sur Twitter et dans lequel elle écrivait : « Au secours ! S’il vous plaît, aidez-moi à diffuser ce message. Les chanteurs d’opéra sont souvent la cible du harcèlement, de la honte du corps, du poids de la part des critiques d’opéra. Cela doit cesser. Le temps est révolu pour ces tyrans juvéniles. S’il vous plaît partager et joignez-vous à  ce débat. Diffusez le message ! ». Un message auquel le critique allemand a répondu, n’hésitant pas a en rajouter une couche : «Si elle est si sensible, pourquoi se montre-t-elle tout le temps dans ce corset ? (…) Il est intéressant de noter que les femmes minces sur scène avaient toutes des robes quand les « moins minces » portaient des tenues qui mettent en valeur leurs formes. »

Soutenue par la profession

La réponse de Brug a suscité de nombreuses réactions ulcérées sur les réseaux sociaux, de la part d’anonymes mais également de professionnels comme celle du ténor  britannique Anthony Gregory qui a écrit sur Twitter :  « C’est absolument honteux. Comme si notre travail n’était pas assez dur, les chanteurs doivent supporter les idiots qui écrivent ces ordures. Pourquoi serait-il « intéressant » que toutes les « femmes minces » sur scène aient des robes ? Était-ce une déception ? Je suis désolée que vous ayez à supporter ça Kathryn ». Pour la soprano Camilla Kerslake : « Il est hors de propos de commenter tout ce qui n’est pas lié à la performance et à l’interprétation. Les chanteurs masculins eux sont rarement confrontés à ce genre de « merde » ». Kathryn Lewek également soutenue par des consœurs qui ont eu à subir ce genre de critiques sur leur physique comme la chanteuse américaine Deborah Voigt qui écrit :  « Une revue a mentionné mes « 3  double mentons ». Oh, et puis il y a eu ce moment où j’ai été renvoyée d’un petit opéra de Londres. Cela dure depuis des années ». Le hashtag #shameoncritics, signature des messages de la soprano américaine, est en train de devenir viral sur les réseaux sociaux. Kathryn Lewek qui ne compte pas s’arrêter là et s’est lancée dans une véritable croisade contre cette forme de harcèlement comme elle l’écrit dans un de ces récents messages : «Je compte écrire au rédacteur en chef de toute publication publiant des paroles humiliantes et blessantes écrites par un journaliste. J’espère que vous ferez tous de même et rejoignez-moi dans cette lutte contre la honte corporelle dans la communauté de l’opéra ».

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