L’amour profond de Nikolaï Lugansky

Nikolaï Lugansky et Olivier Bellamy sur Radio Classique
Une vraie rencontre, belle, profonde, avec ce merveilleux pianiste russe. Il est arrivé au studio tout seul, avec sa grosse valise, très en avance. On a revu le programme ensemble. En chemin, il avait voulu changer des choses… A aucun moment, il n’a songé faire sa propre promotion. Lorsque je lui ai dit que j’avais choisi un morceau interprété par lui, il a eu l’air presque gêné. Il était surtout très agité parce qu’il voulait que l’on cale l’extrait des Cloches de Rachmaninoff au bon endroit. On l’a écouté à l’avance : « Non plus loin… presque une minute plus loin… c’est bientôt… oui, là ! » Lorsque il a reconnu l’extrait tant attendu, ses yeux se sont embués et c’est comme si plus rien n’existait autour de lui. Ensuite, il a poursuivi, toujours très agité : « Il y a aussi extrait de quatuor de Fauré, très beau, nouveau thème dans développement, très rare dans musique, moi pleurer quand je l’entends… » On a cherché le passage et à nouveau son regard s’est voilé.

Grâce à Nikolaï Lugansky, on a pu comprendre une chose très importante. L’essence de la vie et des choses. On se demande parfois comment le peuple russe a-t-il pu supporter l’époque soviétique. Pourquoi Rachmaninoff était si malheureux aux Etats-Unis ? Pourquoi Sviatoslav Richter n’a jamais voulu quitter son pays alors qu’il aurait pu passer à l’ouest quand il voulait…  Invité à parler de la situation politique dans l’actuelle Russie, Nikolaï Lugansky a tout dit en quelques mots : « La politique, ce qu’on voit à la télévision, ce n’est pas la vie, c’est une toute petite partie de la vie. La vie, c’est… le soleil, le ciel, la nature… » Au tout début de l’émission, il avait remis les choses dans la bonne perspective : « La science, ce n’est qu’une petite partie de la musique, ce n’est pas l’essentiel. » Il avait du mal à trouver les mots, mais son message sonnait clair et pur. A plusieurs moments, j’ai eu moi aussi les yeux humides en l’écoutant dire des choses aussi simples, vraies et profondes.

Voici son programme :

Nikolaï Lugansky : 4e Moment musical de Rachmaninov

Madeleines

-BACH suite n3-aria (Mengelberg)

-SIBELIUS symphonie n° 7 (Karajan)

-RACHMANINOV Les cloches 2e partie (Pletnev)

Programme

-BRUCKNER symphonie n° 9 – Scherzo (Giulini)

-SCHUBERT quatuor à cordes n° 15 (Quatuor Alban Berg)

-MOZART symphonie n° 40

-CHOPIN ballade n° 4 (Samson François)

 -ALBENIZ Iberia livre n° 3 Albaicin (Alicia De Larrocha)

– Fauré : Quatuor avec piano n° 1 – finale – (Quatuor Schumann)