Une vraie rencontre, belle, profonde, avec ce merveilleux pianiste russe. Il est arrivé au studio tout seul, avec sa grosse valise, très en avance. On a revu le programme ensemble. En chemin, il avait voulu changer des choses… A aucun moment, il n’a songé faire sa propre promotion. Lorsque je lui ai dit que j’avais choisi un morceau interprété par lui, il a eu l’air presque gêné. Il était surtout très agité parce qu’il voulait que l’on cale l’extrait des Cloches de Rachmaninoff au bon endroit. On l’a écouté à l’avance : « Non plus loin… presque une minute plus loin… c’est bientôt… oui, là ! » Lorsque il a reconnu l’extrait tant attendu, ses yeux se sont embués et c’est comme si plus rien n’existait autour de lui. Ensuite, il a poursuivi, toujours très agité : « Il y a aussi extrait de quatuor de Fauré, très beau, nouveau thème dans développement, très rare dans musique, moi pleurer quand je l’entends… » On a cherché le passage et à nouveau son regard s’est voilé.
Grâce à Nikolaï Lugansky, on a pu comprendre une chose très importante. L’essence de la vie et des choses. On se demande parfois comment le peuple russe a-t-il pu supporter l’époque soviétique. Pourquoi Rachmaninoff était si malheureux aux Etats-Unis ? Pourquoi Sviatoslav Richter n’a jamais voulu quitter son pays alors qu’il aurait pu passer à l’ouest quand il voulait… Invité à parler de la situation politique dans l’actuelle Russie, Nikolaï Lugansky a tout dit en quelques mots : « La politique, ce qu’on voit à la télévision, ce n’est pas la vie, c’est une toute petite partie de la vie. La vie, c’est… le soleil, le ciel, la nature… » Au tout début de l’émission, il avait remis les choses dans la bonne perspective : « La science, ce n’est qu’une petite partie de la musique, ce n’est pas l’essentiel. » Il avait du mal à trouver les mots, mais son message sonnait clair et pur. A plusieurs moments, j’ai eu moi aussi les yeux humides en l’écoutant dire des choses aussi simples, vraies et profondes.
Voici son programme :
Nikolaï Lugansky : 4e Moment musical de Rachmaninov
Madeleines
-BACH suite n3-aria (Mengelberg)
-SIBELIUS symphonie n° 7 (Karajan)
-RACHMANINOV Les cloches 2e partie (Pletnev)
Programme
-BRUCKNER symphonie n° 9 – Scherzo (Giulini)
-SCHUBERT quatuor à cordes n° 15 (Quatuor Alban Berg)
-MOZART symphonie n° 40
-CHOPIN ballade n° 4 (Samson François)
-ALBENIZ Iberia livre n° 3 Albaicin (Alicia De Larrocha)
– Fauré : Quatuor avec piano n° 1 – finale – (Quatuor Schumann)