Le chef d'orchestre Lorin Maazel est mort à l'âge de 84 ans, dimanche 13 juillet, en Virginie (États-Unis), des suites d'une pneumonie.

Né à Neuilly-sur-Seine, le 6 mars 1930, Lorin Maazel étudie le piano et le violon dès l’âge de cinq ans, puis aborde la direction d’orchestre avec Vladimir Bakaleinikoff, à Pittsburgh. Authentique enfant prodige, " Little Lorin " n’a pas encore 10 ans qu’il est déjà adoubé par de grands chefs comme Lepold Stokowski, à l’Orchestre philharmonique de Los Angeles et Arturo Toscanini, à l’Orchestre NBC. À partir de 1943, il dirige les plus grands orchestres américains : New York, San Francisco, Cleveland, Chicago, Philadelphie… Tout en achevant ses études à Pittsburgh (mathématiques, philosophie, langues et musique), il est violon au sein de l’Orchestre de la ville et 1er violon du Fine Arts Quartett. À l’invitation de Serge Koussevitzky, il dirige la Symphonie de Psaumes de Stravinsky, au Festival de Tanglewwod, en 1951. C’est la fondation Fullbright qui lui permet de partir en Italie, travailler la musique baroque.
Au cours des années qui suivent, il se produit dans l’Europe entière. En 1960, il est le plus jeune chef et le premier Américain à diriger à Bayreuth, avec Lohengrin. Débuts au MET (New York) avec Don Giovanni  de Mozart, en 1962, puis à Salzbourg, avec Les Noces de Figaro, l’année suivante. Il succède ensuite à Ferenc Fricsay, à l’Orchestre symphonique de la radio de Berlin (jusqu’en 1975), tout en étant chef associé d’Otto Klemperer, au New Philharmonia de Londres, de 1970 à 1972. En 1972, il reprend le poste de George Szell, à la tête de l’Orchestre de Cleveland, et se spécialise dans la répertoire contemporain américain.
En 1977, il est 1er chef invité de l’Orchestre national de France, avec lequel il réalisera plusieurs enregistrements notables, dont celui de L’Enfant et les sortilèges et de L’heure espagnole, de Ravel (DG). Il a réalisé plus de 300 enregistrements, notamment de Beethoven, Brahms, Debussy, Mahler, Schubert, Tchaïkovski, Rachmaninov et Richard Strauss. Comme compositeur, il dirige la création de 1984, son premier opéra d’après le célèbre livre de George Orwell, dans une mise en scène de Robert Lepage, à Londres (Covent Garden), le 3 mai 2005. La presse anglaise sera en majorité très critique vis à vis de la " pauvreté " de la musique, comme du spectacle, d’un " coût exorbitant " – certes indirectement payé par le compositeur lui-même (plus de 500 000 euros) au travers d’une société nommée Big Brother Productions ! Le critique du Daily Telegraph parla de " fast-food opératique ".
Couronné de nombreux prix internationaux, il était depuis 2006 directeur musical de l’Orquestra de la Comunidad Valenciana – formation prestigieuse se produisant à l’Opéra de Valencia, réunissant les meilleurs musiciens d’Europe, sous une responsabilité partagée avec le chef Zubin Mehta -, et de l’Orchestre philharmonique de Munich, depuis 2011. On lui doit également la bande-son de trois adaptations cinématographiques d’opéras : Don Giovanni par Joseph Losey (1979), Carmen par Francesco Rosi (1984) et Othello par Franco Zeffirelli (1986). Il fut le créateur de nombreuses partitions, notamment d’Ulysse, opéra de Luigi Dallapiccola, en 1968 (Deutschen Oper de Berlin, depuis reporté sur CD Stradivarius), ainsi que de Re in Ascolto, de Luciano Berio, en 1984.
Plusieurs de ses enregistrements célèbres sont régulièrement réédités ; outre les deux ouvrages de Ravel précédemment cités, sa Symphonie en ré mineur de Franck (DG), l’intégrale des Symphonies de Sibelius (Decca), l’œuvre symphonique de Strauss (RCA), sa Carmen, avec Anna Moffo et Franco Corelli (RCA), Porgy and Bess de Gershwin (DG), la Symphonie lyrique de Zemlinsky, avec les chanteurs Julia Varady et Dietrich Fischer-Dieskau (DG/Brillant), plusieurs ouvrages de Berlioz (Decca), ainsi que de Puccini (RCA), sans oublier ses enregistrements consacrés au répertoire russe (Decca/Urania). Enfin, l’un de ses derniers enregistrements, l’intégrale des Symphonies de Schubert, en 3 CD en 2013, à la tête de l’Orchestre symphonique de la radio bavaroise (BR Klassik) obtint un Choc de Classica.
Les amateurs de bande radio rechercheront son Roméo et Juliette de Berlioz, à Rome, en 1958 – complété par le Concerto pour violon BWV 1041 de Bach où il est en soliste à la tête de l’Orchestre de la radio de Naples, en 59 ! (Myto), son unique Pelléas et Mélisande de Debussy avec Jeannette Pilou (Mélisande), toujours à Rome, mais onze ans plus tard, en 1969 (GOP), ainsi que son Lohengrin de Wagner – avec Windgassen et Varnay -, à Bayreuth, en 1960 (Myto).