Jean-Marc Luisada avait déjà gravé les Valses pour DG en 1990 saluées à juste titre dans ces colonnes par Jacques Bonnaure, et les Mazurkas pour DG et RCA. Le pianiste français surprend encore par un jeu inimitable. Ses (nouvelles) Valses possèdent une qualité rare : elles se dansent ! La plupart des interprètes s’enivrent en effet davantage du " parfum " de la valse, parfois avec génie, comme Lipatti et Zimerman. Chez Luisada, la valse prend forme et se transpose visuellement dans un grand salon de la bourgeoisie du XIXe siècle ou de la noblesse, celle qu’un Visconti eut le génie de faire valser… Voici donc des Valses amoureusement ciselées et surtout vécues. La preuve en est qu’elles peuvent être durement appuyées (Valse en fa majeur), parce que le pas frappé au sol l’impose. Elles peuvent être aussi jouées avec détachement, murmurées (Valse en la bémol majeur). Pour l’interprète, il n’y a jamais le côté appliqué, cette sorte de sacralisation de l’écriture de Chopin. En revanche, il quête avec mille précautions… la simplicité.
Les Valses sont comme jouées dans l’inspiration du moment, mais typées à chaque phrase. De fait, on entend un toucher et une pédalisation qui savent refermer et ouvrir le son et provoquer le sourire de l’auditeur (Valse du petit chien). Sans esbroufe. Ironie et tristesse se fondent dans les Mazurkas avec juste ce qu’il faut de caractère faussement populaire et aristocratique. Déjà en 1992, puis en 2008, Luisada nous livrait une moisson impressionnante de Mazurkas. Aujourd’hui, il imagine un autre décor, aussi éclatant que suggestif (Mazurka en ut majeur). On écoute ému ce disque, bien davantage qu’une leçon de maître.
VALSES AVEC LUISADA
Radio Classique
Avec cet album enregistré pour RCA, Jean-Marc Luisada réalise une nouvelle intégrale magnifique des « Valses » de Chopin, écho de son premier album DG.