UN BEETHOVEN IMPÉRIAL

Nelson Freire et Riccardo Chailly livrent un Concerto « L'Empereur » généreux, qui révèle l'essence même du compositeur, puissant, glorieux et terrien.

Ce premier volume de l’intégrale de l’oeuvre concertante de Beethoven est encore plus abouti que les concertos de Brahms gravés par les mêmes interprètes. Il n’y a plus cette sorte de réserve entre le soliste et l’orchestre que nous avions relevée. Dès les premières mesures, nous sommes plongés dans l’énergie des cordes au grain magnifique, des timbales rutilantes et un piano impeccable dans la projection et l’équilibre du chant. C’est d’une franchise et d’une détermination conquérantes. Pas une once de brutalité, mais une écoute permanente entre les solistes de l’orchestre et le piano. L’émotion contenue dans l’Adagio un poco mosso, la transparence des cordes qui composent une sorte de tapis sonore portent le piano, l’un des plus élégants que l’on puisse entendre aujourd’hui. Le Finale est altier, si romantique et si peu solennel à la fois. Quelques notes un peu raides au clavier n’altèrent pas le caractère étincelant et généreux de cette conception.
Voici l’une des plus belles versions modernes de la discographie, superbement captée. La dernière Sonate de Beethoven possède un phrasé tout aussi fervent. La tension passionnée n’a pas le poids, cette présence écrasante que l’on entend trop souvent. C’est un Beethoven encore " terrien " avec ses élévations de phrases et ses chutes vertigineuses. Rien dans la lecture de Nelson Freire ne donne cette sensation inéluctable qui emprisonne l’auditeur comme chez Pollini. Les éléments dramatiques, les empilements de voix ont préservé leur romantisme sombre et une énergie encore " humaine ". Un grand disque.