TOUT L’ART DE MENDELSSOHN RÉUNI EN UN SEUL CD

Javier Perianes nous révèle une musique sans pyrotechnie inutile, un piano intime, familier, intériorisé, efficace et dégraissé, radieux et étranger à toute démesure.

Romances sans paroles est une traduction " maladroite " et malheureuse des Lieder ohne Worte… On garde à l’esprit l’image de générations de jeunes filles ânonnant les Chants de gondoliers vénitiens… Le propos de Xavier Perianes n’a rien d’une quête de musique sucrée et divertissante. Dans son choix affûté d’opus, il révèle non seulement les sources de cette écriture si proche de Schubert (la valse du Chant sans paroles op. 67 n° 6), mais aussi l’étonnante évolution harmonique de cette musique. Certaines phrases annoncent le Brahms tardif (Chants sans paroles op. 67 n° 6, op. 85 n° 4, op. 120 n° 1) aux antipodes de l’image d’un compositeur de piécettes aimables qu’un Wagner se plut à caricaturer. Le piano nimbé avec justesse se libère parfois avec une puissance étonnante. La " romance " devient alors une aria d’opéra ! Il n’est pas anodin que l’interprète qui livra de superbes Debussy et Mompou au disque ait choisi aussi d’autres Mendelssohn à l’écriture épurée et à l’harmonie si raffinée. Ils font écho à la Fugue op. 35/1, aux Chants sans paroles op. 62 n° 3 et n° 5. Ici, le piano moderne offre la possibilité d’approfondir une pâte sonore d’une richesse inconnue sous les touches d’un instrument d’époque.
La musique du compositeur possède en effet un caractère à la fois aristocratique et bouillonnant de jeunesse qui ne supporte ni l’approximation ni le maniérisme. La conception d’un tel programme permet ainsi de varier les atmosphères que rythment les Chants de gondoliers vénitiens, sorte de fil d’Ariane tenu de bout en bout avec une grande intelligence musicale.