Télérama n’aime pas Mozart

Lu sur telerama.fr :
Mozart, précieux et ridicule sur Radio Classique
ON A ÉCOUTÉ | Mozart ressuscité ? Olivier Bellamy affirme le recevoir dans “Passion Classique” ce jeudi à 18h. Il s’agit en fait d’Eric-Emmanuel Schmitt qui lit, entre autres, des extraits… du livre de Bellamy.

Le 27/09/2012 à 00h00 – Mis à jour le 27/09/2012 à 17h43
Laurence Le Seaux

Olivier Bellamy. © DR
Sur Radio Classique, on n’a peur de rien. Ce jeudi 27 septembre, à 18h, Olivier Bellamy reçoit dans Passion classique Wolfgang Amadeus Mozart. Incarné par l’écrivain Eric-Emmanuel Schmitt (auteur de Ma vie avec Mozart), le compositeur revenu d’entre les morts répond à son interlocuteur en empruntant les phrases d’un certain… Olivier Bellamy. L’émission a germé « d’un entretien que vous avez eu l’extrême gentillesse de bien vouloir m’accorder, qui paraît aux éditions Plon », précise le producteur, conscient que l’on n’est jamais mieux servi que par soi-même. Pour cette subtile autopromo, il a mixé des extraits de son propre livre, et d’autres de la correspondance de Mozart. Une heure durant, la conversation alterne questions souvent concrètes et réponses courtes, sinon lapidaires.

Dans le rôle du génie autrichien, Eric-Emmanuel Schmitt s’en sort honorablement, se montrant plutôt bon comédien. Son texte ne procure malheureusement pas le même plaisir à l’auditeur : si l’on apprécie le réalisme de la restitution (on apprendra que l’artiste prend du sirop de figue et du lait d’amande pour soigner un rhume), on s’enthousiasme beaucoup moins pour le contenu de cette interview décalée. Par un effet cumulatif sans doute, Mozart-Schmitt semble enfiler les perles avec une étonnante constance. Particulièrement quand l’émission vire à la confession people, débordante de guimauve. « Pendant votre troisième séjour parisien, votre mère a fermé les yeux pour toujours. En plus du chagrin qui vous dévasté, cela fut-il pour vous une source de culpabilité ? », l’interroge Olivier Bellamy. « Dieu l’a rappelée à lui, il l’a reprise comme il me l’avait donnée. (…) Elle est morte sans s’en apercevoir, comme une lumière qui s’éteint. »

Longuement interrogé sur sa vie amoureuse, le compositeur de La Flûte enchantée ou de Don Giovanni se laisse aller à des confidences sucrées : s’il est heureux en ménage ? « Comme la lune a deux faces, le ménage offre beaucoup de joies et de soucis » ; que s’est-il passé quand sa douce Aloysia l’a rejeté ? « J’ai pleuré, je suis sensible. Qui n’est pas fou quand il est amoureux ? » Encore plus croustillants, le souvenir de son mariage (« Au moment où nous avons été unis, ma femme et moi avons fondu en larmes, tout le monde a été touché y compris le prêtre (…), cette contagion venait de l’émotion de nos cœurs »), ou celui du départ de son épouse pour Baden afin d’y prendre les eaux (« Dès le sixième jour il me semblait qu’il s’était passé un an »).

Les aspirations artistiques de Mozart sont gaiement oubliées, et sa technique résumée en quelques secondes – « l’essentiel, c’est la mesure » – à la toute fin de cette Passion classique. Dont les artifices et l’enjouement forcé (on ne compte plus les « cher Mozart » ou « chers auditeurs » lâchés par l’animateur) finissent par écœurer.

Passion Classique, jeudi 27 septembre 2012 à 18h sur Radio Classique.

Et voici ma réponse qui part au courrier aujourd’hui :

Olivier Bellamy à Laurence Le Saux
Télérama

Paris, le 28 septembre 2012

Madame,

Je viens à l’instant de lire votre compte-rendu assez amusant de l’émission « Passion Classique avec Mozart » diffusée sur Radio Classique hier soir.
Qu’il me soit permis de porter à votre connaissance deux précisions.
1. Vous écrivez que Mozart est un « génie autrichien ». Or il est né à Salzbourg, principauté du Saint-Empire romain germanique et se définit lui-même comme un compositeur allemand.
2. Vous écrivez que les réponses de Mozart (incarné gracieusement par Eric-Emmanuel Schmitt) sont « d’un certain Olivier Bellamy » et vous affirmez deux lignes plus loin qu’elles seraient un « mixage » de mon livre et de la correspondance du compositeur. Ce n’est pas exact. Toutes les réponses sont issues de la correspondance de Mozart à la virgule près. Ainsi, ce que vous jugez « précieux », « sucré » ou « ridicule » est… de la plume du « génie autrichien ».
Qui est « ridicule » en l’occurrence ? Mozart ou vous ?
Je respecte votre « écoeurement » à l’écoute de ce programme qui a remporté un vif succès auprès de nos auditeurs, mais je déplore que votre empressement à le faire savoir sur telerama.fr vous ait malheureusement empêchée d’exercer votre devoir de journaliste : vérifier avant de juger.
Cela m’amuse d’autant plus que Télérama, il y a quelques années, avait publié une interview imaginaire de Mozart, sur le même principe, avec des réponses aussi « people » puisque vous n’êtes pas sans savoir – écrivant dans le premier journal culturel de France – que Mozart parle fort peu de ses « aspirations artistiques » dans ses lettres. Et tant mieux puisque tout est dans sa musique et qu’il suffit de l’écouter pour le comprendre… A condition, comme le dit Mozart lui-même, de ne pas avoir « de longues oreilles ».
Enfin, vous commencez votre article par : « Radio Classique n’a peur de rien ». Assurément. De quoi faut-il avoir peur ? De déplaire aux cuistres ? Ce n’est pas notre façon de voir.
En vous remerciant de vous intéresser aux programmes de Radio Classique que la direction de Télérama ne méprise pas tant que vous puisque votre journal y achète des espaces publicitaires par la voix de Fabienne Pascaud.
Avec ma parfaite considération.