Tamestit bouleversant dans Hindemith

Époustouflant de virtuosité et de sensibilité, l'altiste Antoine Tamestit révèle toute la force romanesque et tragique de cette musique.

Le parcours discographique d’Antoine Tamestit relève du sans-faute, et ce dernier enregistrement ne vient que le confirmer. Il s’agit même certainement de son meilleur disque. Antoine Tamestit déploie en effet dans ces œuvres une profondeur et une chaleur de son que bien peu d’altistes possèdent (il est bien aidé en cela par son superbe Stradivarius). Surtout, jamais cette rondeur sonore n’est prise en défaut, malgré un engagement constant : sa technique précise, efficace et non stéréotypée lui permet de surmonter les nombreuses embûches de ces partitions sans jamais sacrifier le résultat sonore. Antoine Tamestit parvient également à imposer sa personnalité musicale sans écarteler l’œuvre : chaque interprétation se met au service de la partition en présentant toutefois une réelle appropriation inspirée, qui permet alors à la Sonate pour alto seul de se hisser au même niveau musical que les Sonates pour violon seul de Bach.
L’approche très romantique de la Sonate n° 4 op. 11, sans être un contresens, pourra surprendre et d’aucuns – dont nous faisons partie – lui préféreront l’optique plus moderniste (mais également moins aboutie) de Lawrence Power (Hyperion). Toutefois, la totale maîtrise de l’altiste et la complicité qui l’unit à son pianiste convainquent totalement. Cette complicité se retrouve avec Paavo Järvi sous la direction duquel Antoine Tamestit a l’habitude de jouer. Cela s’entend ici et l’orchestre se montre particulièrement attentif et précis à l’égard du soliste, qui émerge avec beaucoup de naturel de l’ensemble sans artificiellement s’imposer. Si Tabea Zimmermann – avec laquelle Tamestit s’est formé – vient de nous livrer un disque d’œuvres concertantes d’Hindemith, par ailleurs fort réussi, force est de constater que nous tenons là l’un des plus beaux disques Hindemith qui soit, à plébisciter pour (re)découvrir ces œuvres encore mal connues. L’élève est en passe de dépasser le maître…
Paul Hindemith (1895-1963)
Sonates n° 4 op. 11 pour alto et piano, n° 1 pour alto solo. Der Schwanendreher. Trauermusik
Antoine Tamestit (alto), Markus Hadulla (piano), Orchestre symphonique de la Radio de Francfort, dir. Paavo Järvi
Naïve V5329. 2012-2013. 67′
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