Strauss par Neeme Järvi

Neeme Järvi réussit l’impossible, faire oublier les longueurs de cette partition fourre-tout de Richard Strauss qu’est « La Légende de Joseph ».

Neeme Järvi avait déjà gravé en 1996 pour le même label (avec le Symphonique de Detroit), le Fragment symphonique de la Légende de Joseph. Cette " action " en un acte devait, en 1913, et selon les dires d’Hofmannsthal séduire Diaghilev et les Ballets russes. Le départ de Nijinski et de sa troupe, le déclenchement de la Première Guerre mondiale sont les causes de l’oubli relatif de l’œuvre. Seul, le Fragment s’imposa. La Légende de Joseph (Joseph en Égypte) est une sorte de péplum musical avant l’heure, une partition géniale dont Strauss expurgea les éléments bibliques pour se concentrer sur la sensualité des scènes (Salomé date de 1905). L’orchestre est gigantesque (bois par cinq, cors par six…). La première parisienne fut peu convaincante alors que la création, à Londres, sous la baguette de Beecham fut un triomphe. L’œuvre est une sorte d’immense fourre-tout dont la réussite tient en grande partie à la capacité du chef d’organiser les épisodes dans une narration ­cohérente, que réussit parfaitement Neeme Järvi. L’orchestre, splendide, se donne à fond, les oppositions d’atmosphères étant d’une beauté sidérante. À l’instar de la Symphonie alpestre, il y a tout ce que l’on espère dans cette musique : grandeur, ironie, charme, humour, mystère, délire sonore… Face à Kempe (Brilliant), qui en dirigea le Fragment, Ivan Fischer, sans intérêt (Channel), Neeme Järvi apporte une fantaisie et une verve magnifiques, plus encore que Sinopoli (DG).
La Scène d’amour de Feuersnot (deuxième opéra de Strauss créé en 1901 et dirigé par Mahler en 1902 à Vienne) est une page d’une tendresse toute wagnérienne. Leinsdorf, Kempe, Fricke, Thielemann, Cluytens, Beecham, entre autres, ont dirigé cette pièce, vrai défi de timbres et de mise en place pour l’orchestre. La Marche de fête composée par un Strauss… de 12 ans (!) respire à pleins poumons son Mendelssohn. Aussi fascinant qu’anecdotique.
Richard Strauss
(1864-1949)
CHOC
La légende de Joseph op. 63. Scène d’amour de Feuersnot op. 50. Marche festive op. 1
Orchestre national royal d’Écosse, dir. Neeme Järvi Chandos CHSA5120 (Abeille). 2012. 70′ Nouveauté