Selon le pianiste Alfred Brendel, l’humour est l’envers du sublime. Mais l’humour porte en lui sa part cachée de sublime, comme le diable est un ange déchu. C’est l’autre face d’une même pièce. Michel Boujenah nous avait dit dans Passion Classique : juste en-dessous de Dieu, il y a les musiciens et ceux qui font rire. Ce qui est à peu près la même idée.
Pourquoi Molière nous fait-il rire quatre siècles plus tard ? Pourquoi Charlie Chaplin est-il si drôle ? Pourquoi Mozart nous touche-t-il autant ? Parce que derrière des mots ou des notes, nous retrouvons une humanité, un mélange de tendresse et de lucidité qui traverse le temps.
Stéphane Guillon est-il drôle ? Développe-t-il une vision de l’Homme à travers les personnages qu’il caricature ?
Non, son ambition est moindre. Il veut dire ce que tout le monde pense tout bas. Ce qui le rapproche finalement d’un Jean-Marie Le Pen. N’ayant pas réussi une carrière de comédien, il s’est mis à vouloir faire du « buzz ». Il aime franchir la ligne jaune, mais pleurniche dans un livre lorsque son patron dit : « Ça suffit ! » Il traite Martine Aubry de « pot à tabac », glose sur le vit de DSK et aimerait qu’on lui reconnaissance des qualités littéraires. Lorsqu’on dit qu’il est un « comique », il précise : « Non, humoriste ». A insulter la terre entière, on en est pas moins sourcilleux sur le vocabulaire dès qu’il s’agit de soi. Il donne sa place à une vieille dame dans le bus et voudrait qu’on lui reconnaisse des qualités de coeur. Il joue dans une pièce de Kressmann Taylor pour réhabiliter son image, mais a peu de choses à dire sur l’auteur, le style, la force du texte. Il souhaite être invité dans une émission musicale, mais qu’a-t-il partagé avec nous de personnel sur les Quatre Saisons de Vivaldi ou la Neuvième Symphonie de Beethoven ? Que nous a-t-il appris sur l’art, la vie et l’humanité ? Rien. En fait, Stéphane Guillon n’est intéressé que par lui-même. Cela ne l’empêche pas d’être sympathique et même touchant, ce qui n’est pas toujours le cas chez les nouveaux procureurs généraux du rire qui font recette dans les médias en raillant la surface des êtres et des choses sans rien révéler de profond.
Voici son programme :
Amy Winehouse : Rehab
John Lennon : Imagine
Leonard Cohen : Alleluyah
Les 4 Saisons de Vivaldi
9e Symphonie de Beethoven (4e mvt)
Tchaïkovski : Concerto pour violon 1er mvt
Boléro de Ravel