Semaine Mozart à Salzbourg

A Salzbourg, la traditionnelle semaine Mozart s’est offert Marc Minkowski et de belles affiches.

De l’Academy of St Martin in the Fields au Wiener Philharmoniker en passant par le Quatuor Emerson, le pianiste Alexander Melnikov ou la soprano Sonya Yoncheva, presque tous les invités viennent avec Mozart dans leurs bagages. Rien de plus normal lorsqu’on se rend à Salzbourg pour la Mozartwoche. Créée en 1956 pour le bicentenaire de la naissance de Wolfgang Amadeus, cette semaine Mozart se déploie chaque année autour du 27 janvier, anni­ver­saire de l’événement. Elle a à compter de cette année pour directeur artistique Marc Minkowski, familier des lieux depuis plus de quinze ans.
On apprécie une Symphonie n° 29 (de Mozart, bien sûr) d’une rare plénitude de phrasés et de couleurs par Le Cercle de l’Harmonie dirigé avec générosité par Jérémie Rhorer. On n’oubliera pas non plus Ma Mère l’Oye, intensément contée par Louis Langrée tenant en haleine les musiciens de la Camerata de Salzbourg, ni un Concerto en sol de Ravel à la fois désinvolte et rêveur grâce à la complicité de Claire-Marie Le Guay. Restera également le souvenir d’une Symphonie en ut de Stravinsky férocement espiègle, propulsée par l’Orchestre du Mozarteum de Salzbourg et le jeune chef espagnol Pablo Heras-Casado.
L’affiche ne tient cependant pas toujours ses promesses. L’Autrichien Johan­nes Maria Staud, compositeur en résidence, laisse souvent perplexe : Segue pour vio­loncelle et orchestre ne convainc pas sur la durée malgré le plaidoyer vibrant de Jean-Guihen Queyras, et son orchestration de la Fantaisie pour piano en ut mineur de Mozart ressemble à du mauvais Stokowski.
Événement de la semaine car unique production lyrique, le Lucio Silla de Mozart, lui, enthousiasme, remportant même un triomphe. Les merveilleux décors et costumes d’Antoine Fontaine, inspirés par le pastel du xviiie siècle et le néoclassicisme, peuvent décontenancer un public salzbourgeois (ou la critique ?) habitué depuis l’ère Mortier à des Mozart modernisés. Mais la mise en scène de Marshall Pynkoski n’a rien d’une reconstitution et ne prend jamais la pose. Ce chorégraphe de formation lâche au contrai­re les personnages sur le plateau comme des toupies affolées par leurs sentiments et prêtes à l’affrontement.
Dans le rôle-titre du tyran amoureux de Giunia, la fille de son ennemi, Rolando Villazón (photo) est scéniquement très crédible. Justement acclamées, la soprano Olga Pere­tyatko incarne une Giunia frémissante et déterminée et Ma- rianne Crebassa prouve en Cecilio, son fiancé, combien sa voix s’épanouit désormais et quelle formidable actrice elle est. Manifestement heureux d’être aux commandes d’une si brillante équipe, Marc Minkowski dirige avec l’appétit et la force dramatique qu’on lui connaît des Musiciens du Louvre à leur meilleur. Ce vaillant Lucio Silla retourne cet été à Salzbourg.