Martin Helmchen est un coloriste et un narrateur de première force. En quelques mesures, dans les Scènes de la forêt, il expose les idées musicales avec une superbe variété de jeux et de respirations. Son toucher et sa pédalisation millimétrée sont une leçon d’intelligence musicale. Les neuf pièces qui composent le cycle tiennent ainsi autant de la romance, de la ballade, que des formes elliptiques les plus étonnantes. Les contrastes sont permanents et se refusent à toute épaisseur ou brisure. Le piano, particulièrement chaleureux, regorge de timbres, de jeux d’échos. Sa conception heureuse et chargée d’émotions des œuvres de Schumann est l’égale de celle des grands anciens d’hier et d’aujourd’hui. Les Études symphoniques avec leur thème rauque de marche funèbre se meuvent avec grandeur. D’une difficulté d’exécution considérable, le cycle pose des problèmes quasi insolubles en ce qui concerne la tenue rythmique et l’endurance physique. Brahms s’inspira de cette écriture syncopée pour la composition de ses propres Variations sur un thème de Paganini.
Quelle est d’ailleurs l’approche de l’interprète ? Schumann, Brahms ? Son piano diffuse progressivement l’énergie avec un sens de l’orchestration suggérée. La polyphonie a rarement paru plus dense. La puissance est contenue, si loin du caractère de feu follet que l’on perçoit chez Anda, Cortot, Richter et Rubinstein. Helmchen porte chaque phrase à son terme à l’instar de Perahia, Brendel et Arrau. Dansante, mais en demi-teinte, comme enfermée dans son propre univers, l’Arabesque apparaît comme une pièce organique enivrante. Arrau, Nelson Freire et Maurizio Pollini ont une approche comparable. C’est dire le niveau de ce disque.
Robert Schumann
(1810-1856)
CHOC
Scènes de la Forêt op. 82. Études symphoniques op. 13. Arabesque op. 18
Martin Helmchen (piano)
PentaTone PTC5186452 (Codæx). 2011. 60′ Nouveauté
Schumann par Martin Helmchen
Radio Classique
Il faut retourner à Claudio Arrau et Wilhelm Kempff hier, Éric Le Sage aujourd’hui, pour imaginer une conception aussi heureuse et chargée d’émotions de l’univers schumannien.