Robert Bates et l’orgue de Jehan Titelouze

Finies les versions sèches et sans saveur de l’orgue de Jehan Titelouze que Robert Bates révèle dans toute sa grandeur jubilatoire et son sens de la liberté.

On connaît mal Titelouze sinon à travers son statut de père fondateur de l’orgue français. La discographie est mince, aucune intégrale ne lui était jusqu’à présent consacrée. En dehors des expériences poétiques d’André Isoir (Calliope) ou de la version en versets alternés de Jean-Charles Ablitzer (Harmonic Records), les interprétations sont souvent sèches, comme s’il s’agissait d’une musique réservée à un cadre privé. Robert Bates vient démentir cela. Son jeu jubilatoire souligne le bonheur triomphant des hymnes choisies par Titelouze. Citons l’éclatant Pange Lingua, le Veni creator, l’Exultet, ou encore les Magnificat si oubliés des interprètes.
Le jeu de Robert Bates respire profondément. Un tem­po allant, des dynamiques amples restituent un souffle profond. Solide et élevé, l’orgue évoque une voûte d’ogive aux entrelacs élégants soutenus par de puissants piliers. Le choix de l’instrument historique de Bolbec (1630) est des plus pertinents. Le plein-jeu puissant soutient les portiques que forment les versets introductif et conclusif. Les pièces médianes dialoguent sur des anches timbrées et profondes. L’émotion est ainsi vive à l’écoute du dialogue canonique de l’Ave Maris stella. Fidèle à la rhétorique musicale du compositeur, Robert Bates ne perd jamais la lisibilité du plain-chant. Les pièces révèlent leur caractère vocal par l’association d’un son ample et d’un propos toujours clair, évoquant avec force le spectacle splendide des offices post-tridentins de la cathédrale de Rouen dont Titelouze fut l’organiste pendant près d’un demi-siècle. Dans ce spectacle sonore, Titelouze apparaît bien ici comme un des inspirateurs d’une certaine tradition organistique éprise de grandeur, de sens et de liberté.
Jehan Titelouze (1562-1633)
Œuvres complètes pour orgue
Robert Bates (orgue)
Loft Recordings 3 CD LRCD11201122 (Abeille). 2010. 3 h 23′
Nouveauté