Quand, en 1783, l’académie royale de musique accueille Renaud dans sa salle de la Porte Saint-Martin, Paris n’a d’oreilles que pour la nouveauté. Depuis Iphigénie en Aulide de Gluck découverte neuf années plus tôt, la capitale veut s’étourdir de ces opéras détachés de la tragédie lullyste et sollicite les Anfossi, Piccinni, Gossec, Grétry et autres Salieri. Ce Renaud aujourd’hui oublié participa à cette ivresse lyrique et totalisa soixante représentations en deux ans. Sans doute sa façon habile de suivre la réforme gluckiste (clarté de l’intrigue et de la musique) tout en les rehaussant d’une écriture vocale souvent empreinte de la virtuosité de l’opera seria sans négliger la spécificité française (nombreux chœurs et récitatifs accompagnés, épisodes dansés) a-t-elle contribué à son succès. A la différence de l’Armide de Gluck, entendue à Paris en 1777 et composée d’après la même Jérusalem délivrée du Tasse, Renaud de Sacchini ne s’achève pas par l’échec de l’amour entre le chevalier et la magicienne mais par leur union joyeusement célébrée.
Aussitôt après l’ouverture, le livret annonce les enjeux du drame : les deux rivaux Hidraot, père d’Armide, et Renaud s’apprêtent à signer la paix quand surgit l’héroïne pour s’y opposer. La musique se montre d’une imparable efficacité, de la noire invocation des furies au tendre duo des amants, en passant par l’émouvante mort d’Adraste, épris d’Armide et vaincu par Renaud. Elle arbore cette dignité un peu amidonnée des drapés à l’antique dessinés par David ou sculptés par Canova. Christophe Rousset ne relâche jamais la tension tout en laissant respirer l’orchestre et les chanteurs. un très beau travail d’équipe pour une publication utile.
Antonio Sacchini
(1730-1786)
CHOC
Renaud
Marie Kalinine (Armide), Julien Dran (Renaud), Jean-Sébastien Bou (Hidraot), Pierrick Boisseau (Adraste, Arcas, Tissapherne, Mégère), Julie Fuchs (Mélisse, une Coryphée), Les Chantres du Centre de musique baroque de Versailles, Les Talens Lyriques, dir. Christophe Rousset
Ediciones Singulares 2 CD ES1012 (Harmonia Mundi). 2012. 1 h 48′ Nouveauté 1re
« Renaud » de Sacchini par Christophe Rousset
Radio Classique
Textes très documentés, édition soignée : voici un beau travail collectif pour une redécouverte défendue avec un Christophe Rousset des grands jours.