RAMEAU SUPERSTAR

Harmonia Mundi et Erato rééditent des versions de référence des oeuvres du Dijonnais que William Christie, en prophète inspiré, avait tiré de l'oubli.

Si le grand vestibule de l’Opéra Garnier offre au regard une sculpture de Rameau aux côtés de celles de Lully, Haendel et Gluck, c’est moins le créateur chéri des muses qui est ici mis en valeur que le théoricien drapé dans sa science, contemplant avec satisfaction son Traité d’harmonie. Il faudra attendre longtemps pour recouvrer l’art et la manière de le jouer après un XIXe siècle dont les idéaux romantiques et l’enflure symphonique s’accordaient mal avec l’interprétation de sa musique. Au disque, il appartiendra à un natif de Buffalo de réaliser un véritable travail de réhabilitation. Mieux : sa manière marquera définitivement ceux qui, à sa suite, s’attacheront à servir un répertoire trop longtemps laissé sous le boisseau. Pour le 250e anniversaire du compositeur, le coffret Harmonia Mundi (avec les livrets !) reprenant l’intégralité des productions ramistes de William Christie ­ puisque c’est lui dont il s’agit ­ réalisées entre 1981 et 1992 est à marquer d’une pierre blanche. Aucune ride n’a flétri les mythiques Indes galantes, Castor et Pollux et les actes de ballets que sont Anacréon, Pygmalion et le trop méconnu Nélée et Myrthis. On n’a pas fait mieux.
Plus disparate, le boîtier Warner doit composer avec son catalogue : d’où des Indes galantes de Jean-François Paillard qui, certes, ont longtemps constitué la seule version disponible, mais que le temps n’a pas épargné. Idem pour le Castor d’Harnoncourt (malgré Souzay) et le Dardanus de Leppard (Minkowski/Archiv s’est imposé depuis). Le reste n’est qu’un chapelet de références, des enregistrements Christie ­ décidément incontournable dans l’oeuvre du Dijonnais ! ­ des années 1990-2000 (Hippolyte et Aricie, Les Fêtes d’Hébé, Zoroastre, La Guirlande, Zéphyre) à ceux du jeune Marc Minkowski (Les Surprises de l’Amour et surtout le génial Platée, qu’il dirige à présent de mémoire) en passant par Les Boréades de Gardiner, testament lyrique du compositeur. Plus inattendues, les incursions de Nicholas McGegan restent estimables (au reste, pourquoi ne pas avoir intégré La Princesse de Navarre ?) en dépit d’un plateau vocal non francophone, même si William Christie lui dame le pion dans Pygmalion.
Voilà qui forme, en 27 CD, un panorama exhaustif des opéras de Jean-Philippe Rameau, et un complément indispensable au coffret Harmonia Mundi. Faites-vous plaisir !