PAVEL KOLESNOKOV, PIANISTE DÉSARMANT

On dépose les armes devant ce récital où le pianiste russe joue admirablement des contrastes et des fondus enchaînés, des attaques et plus encore des silences.

Prix Honens 2012, le pianiste russe offre la plus belle lecture que l’on ait entendue des douze saynètes, que le journal Le Nouvelliste publia entre 1875 et 1876. Ces oeuvres intimistes par essence ne sont en aucun cas mièvres et doivent pouvoir s’entendre dans une salle de concert. Pavel Kolesnikov nous raconte magnifiquement douze brèves histoires indépendantes les unes des autres. Sans maniérisme, sans solliciter le chant qui éclôt naturellement, il révèle une capacité de concentration sans équivalent dans ces pièces. Utilisant un dosage millimétré des deux pédales, il peut ainsi faire émerger d’une sorte de brume un chant d’une projection étonnante sans que le toucher brise la mélodie. C’est une leçon de piano, comme ces petits accords en tierces de la main gauche parfaitement distincts, déliés et pourtant murmurés. Kolesnikov possède l’art de la miniature et il anime chaque pièce comme de petits personnages, dans l’esprit des portraits schumanniens. L’exubérance et le lyrisme ingénu, les chevauchées et la mélancolie se mêlent comme dans la valse conclusive du cycle. Antérieurs aux Saisons, les Six Morceaux n’en sont pas moins extraordinaires. Le thème de Rêverie du soir a certainement inspiré Rachmaninov dans ses Suites pour deux pianos. Plus contrastés sur le plan techni que, suggérant le ballet (Scherzo humoristique), les Six Morceaux domptent difficilement leur tempérament parfois tumultueux. Gilels et Postnikova en accentuaient le style virtuose. Kolesnikov refuse que ces pages s’en tiennent à une narration, une fois encore schumannienne, ce qui n’interdit pas le pétillement humoristique du Thème original et variations. Un disque superbe, artistiquement et techniquement.