Toute une génération de mélomanes a grandi avec les enregistrements de Paul Kuentz, de Jean-François Paillard, de Karl Ristenpart, de Karl Münchinger. Tous ces noms, autrefois symboles d’excellence, de découverte, de passion ont été balayés par la vague des baroqueux. Certes, le goût musical évolue, les recherches de l’art et de la science avancent, se transforment, s’affinent, mais cette évolution se fait souvent par ruptures et par révolutions. Qui dit révolution dit : affrontement, brutalité, champ de bataille et injustices. Les baroqueux ont gagné la guerre qu’ils avaient déclarée, leur hégémonie s’est étendue, leur révolution est entrée dans les moeurs, leur lutte contre l’académisme est devenue à son tour un autre académisme. Ils ont imposé un nouveau son, un nouveau ton avec un immense talent, mais l’escroquerie intellectuelle consistait à dire : les autres ont tort, nous avons raison, voici la vérité vraie. Or la vérité en art n’existe pas. Face aux textes anciens, nous sommes devant les fameuses ombres sur la caverne de Platon.
Paul Kuentz a continué son combat en solitaire, un combat pour des valeurs humanistes et musicales profondes. Si les élites parisiennes l’ont boudé, le peuple des mélomanes ne l’a pas abandonné ; il s’est retrouvé dans cette ferveur et dans cette obstination quasi paysanne d’un chef face à sa famille de musiciens et de choristes. Il fallait donc réparer une injustice, cette émission y a contribué, sans esprit de polémique ni querelle de clocher.
Voici son programme :
GRIEG Suite Hollberg, 1er mouvement, 2’52
BACH Concerto en la mineur pour violon, 1er mouv. 3’54
MENDELSSOHN Paulus: Jerusalem, Air de soprano, 3’19
MOZART Ave verum, 3’42
ROSSINI Sonate pour cordes n° 3, Finale, 2’40
DANIEL-LESUR Sérénade pour cordes, 1er mouv. 4’45
HAYDN La Création: Duo Adam et Ève, 3’17