La concurrence est rude pour l’intégrale des Sonates de Martinu. Isserlis (déjà !) avec Evans (Hyperion), Starker-Firkusny (RCA), Jamnik-Kahanek (Supraphon), Vectomov-Palenicek (Supraphon), offrent des conceptions complémentaires. Mais, ici, nous sommes " au-dessus de la mêlée " ! Le style austère et dramatique des trois partitions est porté avec une énergie folle. Le piano devient véritablement symphonique, incroyablement inventif dans les attaques, cassant ou, à l’inverse swingant. La splendide prise de son, chaleureuse et très précise met en scène un violoncelle d’une grande beauté, libre dans les attaques. On n’a jamais entendu les finales des Sonates nos 2 et 3 où les jeux de timbres et l’écheveau rythmique sont autant valorisés. Outre cette intégrale Martinu, le disque propose, en première mondiale, la Sonate en quatre mouvements d’Olli Mustonen. Très " Chostakovitch " dans son indétermination harmonique au violoncelle, sa verdeur cinglante et le caractère presque néoclassique de l’accompagnement du piano, l’œuvre regorge d’idées magnifiques comme cet andantino apparemment austère et dans lequel viennent se nicher deux brefs passages prestissimo ! Rarement enregistrée, la pièce Malinconia de Sibelius est une sorte de poème symphonique " avant orchestration ", tombeau que le compositeur dédie à la mémoire de sa fille qui venait de disparaître. Curieusement, les influences de l’œuvre apparaissent moins russes que germaniques. On songe ici à Schumann, Wagner, voire Liszt dans le traitement thématique, le brouillement des sources folkloriques. Un programme original pour un grand disque de musique de chambre.
MUSTONEN-ISSERLIS, CAPTEURS D’ÉNERGIE
Radio Classique
Nous n'avons jamais entendu les Sonates pour violoncelle et piano de Martinu interprétées avec un tel sentiment d'exaltation et de pulsation rythmique.