MUSIQUE À PLEIN TUBE !

Patrick Wibart défend avec brio et goût un instrument et un répertoire oubliés.

Le XIXe siècle l’a conçu, aimé mais lui a préféré le tuba. Cuivre cylindrique à embouchure avec bocal apparentée à celle du trombone et à corps muni de clés, se tenant comme un basson et ayant donné naissance au saxophone après avoir été inspiré par le serpent, l’ophicléide (du grec serpent à clés) ne pouvait qu’intéresser nos contemporains concernés par le renouveau de la musique ancienne, lointaine ou proche. Jeune tubiste entretenant avec l’ophicléide la même passion que son professeur Michel Godard avec le serpent, ­Patrick Wibart, également spécialiste du serpent, possède déjà à son actif plusieurs enregistrements pour le label Ricercar au sein d’ensembles de musique ancienne. L’intérêt qu’il porte à l’ophicléide est si communicatif à l’écoute de ce CD que l’on se demande pourquoi le renouveau de la musique ancienne ne s’est pas plus intéressé à cette famille des cuivres graves. L’instrument autorise une grande virtuosité et offre une palette de coloris étendue. Son timbre est d’une personnalité affirmée, suave et séduisante, ­entre trombone, cor et tuba. Il fallait à l’ophicléide des interprètes et des compositeurs ayant compris comment le servir. Voici les deux, dans un programme du xixe siècle d’une extrême diversité, en duos ou trios avec piano ou d’autres cuivres (Corentin Morvan et Oscar Abella Martin à l’ophicléide), sans oublier le chant liturgique accompagné (Jean-Yves Guéry, chant grégorien), souvenir d’une enfance de petit chanteur. Les variations n’apparaissent nullement académiques, bien au contraire, et le charme règne. Saluons le choix de deux œuvres inspirées du trop oublié Jules Demersseman, sur lequel une première biographie vient enfin de paraître.