MME ZHU VEUT RENDRE BACH POPULAIRE

Pour la pianiste franco-chinoise Zhu Xiao-Mei, Bach est l'amour de sa vie. Elle nous transmet sa passion pour la musique du Cantor avec subtilité.

Rendre Bach populaire. C’est la tâche que s’est assignée la pianiste Zhu Xiao-Mei. L’oeuvre de sa vie. Si cet apostolat doit connaître une audience favorable quand il diffuse Le Clavier bien tempéré ou les Variations Goldberg, propices à une narration, il risque fort de rencontrer quelque incrédulité quand il professe L’Art de la fugue.
La partition a en effet la réputation de s’enfermer dans la pure spéculation, de s’adresser à l’oeil et à l’intellect plutôt qu’à l’oreille et à l’âme, de concerner les musicologues plutôt que les mélomanes.
Grigory Sokolov (Naïve), Evgueni Koroliov (Tacet), Tatiana Nikolaïeva (Hyperion), PierreLaurent Aimard (DG) et Cédric Pescia (Æon) ont pourtant démontré que le piano pouvait se révéler un médiateur éloquent.Zhu Xiao-Mei convainc sans jamais hausser le ton, émeut sans céder à la facilité, éclaire le texte de l’intérieur sans le sur-articuler ni durcir le son. La lisibilité polyphonique a d’ailleurs guidé l’artiste comme elle l’explique dans un entretien qui accompagne le disque. Elle révèle dès le premier contrepoint. Une allure grave mais soutenue évoque une marche au calvaire ponctuée du retour forte du thème, semblable au trébuchement sur le chemin de croix.Au fur et à mesure que le discours se densifie et que la texture s’opacifie, la pianiste conserve cette lumière interne.L’artiste profite des capacités dynamiques de son instrument pour dégager les lignes de force. Cette interprétation se remarque également par la grande diversité de ses cou- leurs et de ses climats. La variété du toucher et la rondeur de la sonorité, merveilleusement mises en valeur la prise de son, participent à cette proximité que l’artiste veut installer entre le compositeur et l’auditeur.
Populaire Bach ? Peut-être pas mais accessible et poétique comme rarement.