Entre la Fantaisie en mi bémol des débuts, proche dans son inspiration de Lefébure-Wely, et Cyprès et Lauriers, pages résolument tournées vers le xxe siècle, l’œuvre pour orgue de Saint-Saëns apparaît polymorphe. Elle porte cependant le souci constant de l’équilibre et celui de la clarté dans les contrepoints et la mélodie. Équilibre et clarté de style sont autant de qualités que l’on retrouve dans les interprétations de Ben van Oosten qui signe ici un de ses plus beaux disques. Point de débordement, de pathos, mais un tempo apaisé qui laisse à chaque phrase sa respiration. On se laisse porter par le texte, sa fraîcheur, son caractère souvent concertant. La polyphonie est d’une parfaite précision, servie par une registration riche sans être oppressante. L’interprétation des Sept Improvisations est particulièrement inspirée. Tour à tour profond, drolatique ou dansant, Ben van Oosten sait retranscrire les couleurs qui rappellent les pages symphoniques. Il ne laisse aucune phrase impensée sans pour autant perdre le fil d’un discours aux accents lyriques.
Ce caractère orchestral et opératique est porté par l’orgue de la Madeleine qui fut la tribune de Saint-Saëns. L’instrument permet toutes les nuances. Il se révèle aussi onctueux dans les fonds que vif dans les jeux de détails et paraît s’élever dans les tuttis éclatants. Ce déploiement de couleurs et de parfums situe cette interprétation au-delà de l’intégrale de Vincent Genvrin (Hortus) qui demeure intéressante par son dialogue avec les motets. Elle dépasse surtout celle d’Andrew-John Smith (Hyperion) qui privilégie la virtuosité à la luminosité de la phrase. Loin de tout exercice de style, Ben van Oosten nous plonge dans de merveilleux poèmes symphoniques, plus étranges et enchantés que ce que la postérité a souvent retenu de Saint-Saëns.
Camille Saint-Saëns
(1835-1921)
CHOC
Intégrale de l’œuvre pour orgue
Ben van Oosten (orgue) MDG 3 CD 31617672 (Codæx). 2012. 2 h 45′ Nouveauté
L’orgue de Saint-Saëns par Ben van Oosten
Radio Classique
Après Guilmant, Widor, Vierne, Dupré, Ben van Oosten continue de défendre le répertoire français pour l’orgue.