A soixante-douze ans, Placido Domingo n’en finit pas de nous épater : chaque nouveau défi se transforme en éclatante victoire. Après avoir fait ses preuves en Simon Boccanegra, Rigoletto et Athanaël (Thaïs), le voici désormais baryton à part entière, même si son timbre, certes assombri au niveau des couleurs mais d’une fraîcheur miraculeuse, demeure identifiable entre tous. En cette année Verdi, le voici qui inscrit à son répertoire rien moins que Francesco Foscari, Giorgio Germont et Nabucco !
Créés à Rome en 1844 entre Ernani et Giovanna d’Arco (que Domingo mettra à son répertoire au Festival de Salzbourg en août), I Due Foscari sont une rareté : l’œuvre fut autrefois brièvement exhumée par Cappuccilli ou Bruson, séduits par la noble et pathétique figure byronienne du Doge impuissant à sauver son fils injustement banni. Si le personnage préfigure Boccanegra, il est réduit à la passivité. Vieillard aux longs cheveux blancs, vocalement souverain, Domingo hisse son personnage, douloureux et désespéré, au niveau du Roi Lear. Mi-réaliste, mi-symbolique, le spectacle est efficace, tandis que la direction d’Omer Meir Wellber est plus énergique que raffinée (Valence, 08/02).
Au Metropolitan de New York, état de grâce et émotion pour la double prise de rôle de Domingo et Diana Damrau dans La Traviata vue par Willy Decker, une des productions majeures de la décennie.
Classe et humanité
Très impliquée, la soprano se révèle une Violetta authentique tant dans la virtuosité que les accents dramatiques, tandis que Domingo confère classe et humanité au père ébranlé par la sincérité de la Traviata. Timbre de velours, nuances, l’élégance de son chant rend dérisoire le débat ténor ou baryton ! De surcroît, la direction de Yannick Nézet-Séguin est un modèle de subtilité (14/03). Dernière prise de rôle en date, Nabucco (Londres, Covent Garden, 20/04) est abordé dans des conditions d’autant plus difficiles que la production intemporelle et sobre de Daniele Abbado n’est pas évidente pour tous, parcourue d’allusions à la Shoah d’autant plus fortes qu’elles sont discrètes : Domingo s’y impose néanmoins avec autorité, incarnant un chef titubant et égaré, détaillant magnifiquement sa prière " Dio di Giuda ". Nerveux et incisif, Nicola Luisotti permet aux chœurs et à l’orchestre de donner le meilleur d’eux-mêmes.
Les Superpouvoirs de Domingo
Radio Classique
Trois villes dans trois pays différents, trois nouveaux rôles de Verdi en quelques semaines pour le ténor devenu baryton : Domingo est stupéfiant.