Lang Lang, l’empire du piano

Le monde a changé. Le pianiste le plus célèbre du monde est à la tête d’un empire. Il est influent dans la sphère économique, bénéficie de soutiens puissants et de sponsors. À l’image des grandes firmes américaines, il initie des programmes dans les écoles publiques. Sauf que la pratique du piano ne provoque pas d’obésité précoce comme le soda et l’instrument n’est pas fabriqué par des enfants de douze ans pour un salaire de misère. Sur le plan moral, rien de répréhensible, au contraire. La musique participe à l’équilibre de l’être humain et la démocratisation du répertoire classique élève les masses quand la télévision les abrutit.
La carrière de Lang Lang se calque astucieusement sur le modèle d’une entreprise de luxe dont le concert serait la vitrine, le défilé de haute couture qui génèrerait de juteux produits dérivés sans que personne ne trouve rien à redire puisqu’il vaut mieux s’habiller avec goût, sentir bon, être bien dans sa peau et bien jouer du piano que le contraire. Et tout cela en créant des emplois, du lien social, des activités culturelles. Défendre l’excellence, dans la bonne humeur.
Rien de cynique dans la démarche de Lang Lang qui est un artiste accompli, formé par les meilleurs professeurs, et aussi un homme d’affaires avisé doublé d’un philanthrope sincère avec la tête sur les épaules.
Quand je l’ai rencontré à Toulouse, il n’était pas entouré d’une cour ou d’un staff impressionnant, mais seul dans son hôtel, disponible, cordial, chaleureux. Après son concert, nous avons dîné dans un bon petit resto traditionnel. Il est arrivé rapidement, sans faire attendre les organisateurs, accompagné de sa mère et de sa petite amie. La conversation était animée, détendue. Il est on ne peut plus normal, mangeant de tout et buvant sans excès.
En donnant des concerts en Europe, il lui est souvent arrivé de proposer de venir donner gratuitement une master class au Conservatoire de la ville. Quand on a eu l’intelligence d’accepter, élèves et professeurs ont tous été charmés par sa simplicité, son humour, sa générosité. Il aime vraiment la rencontre, le partage. C’est un communicateur hors-pair. Cela fait évidemment partie d’une stratégie de conquête, mais qui ne retire rien à personne. Ensuite, chacun est libre d’aimer ou pas son jeu, comme pour n’importe quel artiste qui se produit sur une scène. À condition d’avoir l’honnêteté de venir l’entendre pour émettre un avis personnel.