Piazzolla au violoncelle ? Cela n’a rien absurde. D’abord parce que l’instrument figurait en bonne place dans le fameux sextuor du bandonéoniste argentin. Son lyrisme noir correspond tout à fait au ton et à la nostalgie de sa musique. Ensuite parce que certaines de ses compositions originales comme Le Grand Tango lui étaient directement destinées. C’est donc en toute logique qu’Anne Gastinel s’est lancée dans un projet de transcription d’œuvres de Piazzolla pour violoncelle solo et ensemble de violoncelles. Dans Americas, Thibault Perrine, l’arrangeur, a su rendre avec habileté l’énergie et la mélancolie d’Adios Nonino ou Michelangelo 70, en préservant la saveur des originaux. L’essentiel du message musical est là, sublimé par la beauté des instruments à cordes. De leur côté, les interprètes ont su exécuter ces partitions avec une grande justesse, sans les couper de la part d’improvisation et de spontanéité qui en font tout le sel. Ainsi " classisé " Piazzolla reste plus que jamais Piazzolla. En regard de ces cinq morceaux on retrouve des pièces plus traditionnelles dues au Brésilien Heitor Villa-Lobos, ses Bachianas brasileiras n° 1 (cordes seules) et n° 5 (avec soprano), des partitions lumineuses, illustrant la différence de caractère entre les deux compositeurs. Là encore, l’interprétation allie imagination et pudeur, notamment dans le fameux Aria avec Sandrine Piau, plus proche de la musique de chambre que de l’air de concert.
L’AMÉRIQUE EN PREMIÈRE CLASSE
Radio Classique
Anne Gastinel et ses comparses sont partis à la rencontre de Piazzolla et de Villa-Lobos avec un luxe de raffinement et d’imagination.