LA DERNIÈRE PERLE DE JÄRVI

Neeme Järvi défend avec une sincérité admirable la musique de l'un des plus grands compositeurs slovaques, le génial Eugen Suchon.

On ne connaît que quelques pièces de musique de chambre du Slovaque Eugen Suchon qui fut, entre autres, élève de Vitezslav Novak au Conservatoire de Prague. De son maître, on retrouve les influences du poème symphonique lisztien, mais aussi du postromantisme (Richard Strauss), de l’impressionnisme (Claude Debussy), les deux courants fusionnant grâce à de réminiscences de folklores d’Europe centrale.
Les Métamorphoses (à l’instar de celles de Richard Strauss), mais ici composées en 1953 sont d’une mobilité qui rappelle les écritures d’Alfredo Casella et d’Ottorino Respighi. Aux antipodes des avant-gardes de l’époque, Eugen Suchon transpose dans la forme rhapsodique, une émotion violemment expressive et originale. Ce génie de l’orchestration synthétise dans un même élan et avec un sens du plaisir sonore, la clarté du néoclassicisme et la puissance éruptive du postromantisme.
La Suite balladesque (1935) rappelle les écritures britanniques d’Edward Elgar et Ralph Vaughan Williams. Ce maelström de thèmes enlacés, d’éruptions sonores est ordonné ici de main de maître. Aucun épaississement du trait, ou de climat superficiel : Neeme Järvi, une fois encore, nous fait déguster cette partition avec gourmandise. La Sinfonietta Rustica (1955-1956) porte idéalement son titre. Arrangement d’une sonate pour piano, l’oeuvre stylise (à la manière d’un Kodály) les rythmes et thèmes folkloriques. Là encore, le génie de l’orchestrateur transcende la verdeur d’un folklore qui irrigue ce poème symphonique en trois mouvements.
L’enthousiasme de Neeme Järvi, trop heureux d’ajouter une " perle " de grand prix à son immense catalogue, galvanise un orchestre splendide. Quelle découverte !