KONSTANTIN LIFSCHITZ, FUGUEUR EN LIBERTÉ

Konstantin Lifschitz réussit le difficile pari de rendre sensibles les infinies possibilités de « L'Art de la Fugue » de Johann Sebastian Bach.

Dans l’excellent livret de présentation du CD, Konstantin Lifschitz évoque, en préambule, la datation et les différentes versions de L’Art de la fugue de Bach. Une démarche intéressante que l’on suit pas à pas et qu’il illustre de manière savante et sensible.
L’architecture de chaque contrepoint est ainsi mise en lumière non pas de manière purement analytique, mais en s’interrogeant sur le cheminement de la pensée de Johann Sebastian Bach. Ainsi, dans le Contrepoint n° 13, l’interprète a enregistré la fugue redécouverte récemment avec la technique du re-recording. Un quatre mains, de fait. L’écoute bénéficie d’un éclairage d’autant plus agréable que la prise de son est remarquable, tout comme le choix de l’instrument, un Carl Bechstein. Ce piano réputé pour le velouté et le caractère doré du son est utilisé dans toute la palette de ses couleurs.
Le jeu intellectuel se double par conséquent d’une expressivité particulièrement chaleureuse. Le toucher magnifiquement défini du pianiste nous conduit ainsi dans une sorte de voyage méditatif, porté par une tension qui ne cesse de croître, jusqu’au Finale laissé inachevé en pleine mesure de la Fuga a 3 Soggetti. Konstantin Lifschitz offre en guise de conclusion le Choral Wenn wir in höchsten Nöten sein BWV 668a.
Après l’enregistrement de L’Offrande musicale (Lifschitz avait enregistré, dès 1994, les Variations Goldberg en guise de diplôme de fin d’études), et à la suite de ses gravures du Concerto pour piano de von Einem et du Concerto n° 2 de Johannes Brahms, le pianiste russe montre une nouvelle fois l’étendue et l’exigence de son répertoire.Après les lectures de Zhu Xiao Mei (" Choc ") et de Cédric Pescia, voici un enregistrement marquant, qui complétera les approches au clavecin et à l’orgue.