Il est rare qu’un pianiste choisisse Bach pour débuter au disque, qui fait peur à tant de vos confrères…
Il se trouve que mes deux professeurs, Evgeni Koroliov, à la Musikhochschule de Hambourg, et Rena Cherechevskaïa, à l’École normale de musique de Paris, ont conçu une grande partie de leur pédagogie autour de Bach. Mais il est vrai que jouer Bach, c’est toujours risqué. Parce qu’il se situe à l’origine du piano et que, par conséquent, on partage sa musique avec les interprètes baroques. Rude concurrence ! Toutefois, je me suis laissé dire que de grands clavecinistes adoraient aller écouter Sviatoslav Richter jouant Bach. Difficile de trouver une personnalité plus éloignée de l’interprétation baroque… Personnellement, j’ai écouté beaucoup de clavecinistes, dont certains donnent de l’inspiration pour l’ornementation, même si chez Bach, elle demeure beaucoup moins riche que pour les compositeurs français de la même époque. La musique de Bach n’est pourtant pas " neutre ". On ne peut la jouer avec des phrasés inappropriés, par exemple.
Parlez-nous du choix des oeuvres…
Les quatre pièces forment les quatre points cardinaux de l’oeuvre de Bach. Le Caprice sur le départ de son frère bienaimé est probablement la seule partition " à programme " du compositeur. La Suite anglaise exprime toute la dimension baroque avec sa riche ornementation. La Partita n° 4 se compose de grands " blocs " autour des danses. Enfin, la Toccata est une pièce d’orgue fuguée de grande virtuosité.
Peut-on jouer d’autres compositeurs en même temps que Bach ?
Oui, et le résultat peut être intéressant. Bach et Chopin (les Préludes et les Études), cela fonctionne bien.
Vers quels répertoires allez-vous aujourd’hui ?
Ils sont très variés. Aujourd’hui, je présente des programmes Bach et Chopin. J’envisage de travailler des répertoires français (Ravel) et russe (Prokofiev). Il me faut aussi monter plusieurs concertos : Chopin, Schumann, Bartók, Saint-Saëns, Prokofiev… J’ai peu abordé la musique contemporaine. La musique de György Ligeti me fascine et je la place au même niveau d’intérêt que celle de Chopin. Pour ce qui est des projets de disque, j’avoue ne pas en avoir pour l’instant.
Quelles autres activités pratiquez-vous en dehors de la musique ?
Je lis beaucoup et je vois aussi des films, ce que je ne faisais pas avant d’arriver à Paris. Le cinéma est une source d’inspiration pour les musiciens. J’aime notamment les films russes, ceux d’Andreï Tarkovski.
«Jouer Bach, c’est toujours risqué»
Radio Classique
Auréolé de nombreux prix, le jeune pianiste enregistre chez Mirare son premier disque consacré à Bach. Rencontre à La Folle Journée de Nantes à la sortie d'un récital... Bach.