L ‘Orchestre de l’Opéra national de Paris n’avait pas tenté l’enregistrement de l’intégrale du ballet depuis Manuel Rosenthal (1959) et Jean Martinon (1974). La formation ne pouvait jusqu’à présent rivaliser, respectivement avec Boston (Munch, 1955) et New York (Boulez, 1974). L’arrivée de Philippe Jordan en 2009 n’a fait que renforcer la cohésion de l’orchestre dont la souplesse et la musicalité lui font atteindre un niveau international maintenant. Après avoir réécouté les versions de l’écoute comparée réalisée en février 2013 (Classica n° 149), nous plaçons aujourd’hui le Daphnis et Chloé de Jordan aux côtés de ceux de Boulez avec le Philharmonique de Berlin et de Chailly avec le Concertgebouw d’Amsterdam. Pour tout dire, en haut du " podium " ! Dès l’Introduction, l’auditeur est capté par l’évidence et l’intelligence de l’organisation des climats. De cette lecture émanent autant de mystère que de certitudes, d’émerveillement que de puissance pure. Jordan trouve le juste équilibre entre le ballet et la symphonie. Alors que Boulez (avec Berlin), s’attache peut-être davantage à la matérialisation des émotions (comme il le fit jusqu’à la saturation dans sa lecture antérieure avec New York), Jordan offre une approche plus " harmonique ", oublieuse du livret, au point que le choeur est traité comme un élément pur de la masse orchestrale.
Il laisse une infinité de détails subtils à la seule responsabilité des pupitres comme le fit Chailly conduisant le rutilant Concertgebouw d’Amsterdam. Les cordes et les bois parisiens n’ont d’ailleurs rien à envier à leurs homologues néerlandais. Cette magistrale démonstration de tempérament et d’élégance ravit. La Valse qui clôt le programme est volontairement épaisse. Elle se déploie, sorte de déesse sonore s’étirant vers Richard Strauss, fardée jusqu’à l’écoeurement, " l’Apocalypse joyeuse " annoncée par Max Brod. Original, saisissant et magistral.
JORDAN, BEAU HÉRAUT DE RAVEL
Radio Classique
Après un remarquable enregistrement consacré à Wagner, Philippe Jordan continue de nous émerveiller à la tête de l'Orchestre de l'Opéra de Paris.