John Eliot Gardiner : Le retour du pèlerin

Dix ans après avoir sillonné l'Europe avec comme bagage les 198 cantates sacrées de Bach, le chef britannique revient à Paris avec des pages destinées à l'Avent et à Noël.

Dix ans après, le pèlerin reprend son bâton et le chef sa baguette. La folle entreprise des cantates sacrées de Bach, commencée à Weimar à Noël 1999 et achevée à New York l’année suivante, a occupé le chef anglais et ses troupes à la cadence, accordée au calendrier liturgique, d’un programme nouveau chaque semaine. "C’était un peu bizarre, se souvient-il, de devoir assimiler autant de musique en des délais aussi courts. Nous avions à peine digéré trois ou quatre cantates qu’il fallait aussitôt apprendre celles du dimanche suivant. Depuis, nous avons redonné quelques concerts, notamment pour la fête de la Saint-Michel. Avec le recul, nous maîtrisons mieux la complexité, la richesse et la diversité phénoménale de cette musique. C’est tout simplement époustouflant !"Le disque, on le sait, a gardé telle une carte sonore le souvenir de cet incroyable voyage. Soli Deo Gloria, le label spécialement créé par le chef pour la diffusion des enregistrements, après la défection de Deutsche Grammophon, vient de publier les deux derniers volumes. L’ensemble compte ainsi 27 références, 51 CD, témoignant de cinquante-neuf concerts dans une cinquantaine de villes. Il sera complété l’an prochain par les quatre cantates de l’Ascension (BWV 11, 37, 43 et 128) enregistrées en 1993 pour Archiv et exclues du parcours pour des raisons logistiques. On a pu, au fur et à mesure des publications, admirer la virtuosité souveraine du Monteverdi Choir et l’investissement de l’orchestre, alors que le niveau des solistes pouvait connaître des hauts et des bas (les contre-ténors en général).
Le public chante
La rhétorique de Bach et la puissance expressive de sa musique restent en revanche soutenues avec panache, Gardiner veillant à toujours nuancer les notes au gré des mots. "Le rapport entre le texte et la musique prend chez Bach une dimension supérieure à celle de ses contemporains, analyse-t-il. Il faut comprendre comment il a su définir une relation entre la théologie, les paroles et les règles de la musique. Mieux suivre son raisonnement nous a permis de jouer ensuite ses Passions ou l’Oratorio de Noël avec davantage d’aisance. Les chorals, qui architecturent ces œuvres comme des piliers, deviennent ainsi la base de l’interprétation." Nous pourrons ainsi découvrir une nouvelle Passion selon saint Jean l’année prochaine.En attendant, John Eliot Gardiner a prévu, pour son passage à la Cité de la musique à Paris, d’accompagner ses concerts d’une "leçon de musique" du pianiste Robert Levin sur la musique pour clavier de Bach et d’une répétition durant laquelle il demandera au public de participer aux chorals. Le pèlerin sait se faire ainsi le plus convaincu des apôtres.