Harnoncourt dirige Bruckner pour ses adieux

C'est la fin de la riche collaboration Harnoncourt-Concertgebouw débutée en 1975, que fête le label RCO avec une « Cinquième » de Bruckner d'anthologie.

276 concerts en 38 ans… Après ces deux derniers concerts, des 25 et 27 octobre 2013, le chef autrichien Nikolaus Harnoncourt a annoncé qu’il ne dirigerait plus l’Orchestre Royal du Concertgebouw d’Amsterdam. Une décision qui impose d’autant plus le respect que nous entendons une grande version de l’oeuvre, dans la " tradition " d’Harnoncourt, c’est-à-dire sans concession aucune aux équilibres et à un quelconque message autre que musical. La lecture est d’emblée impeccablement droite et altière. S’appuyant sur des pupitres d’une beauté rude et d’une puissance magnifique, il construit une interprétation " terrienne ". Qu’on n’attende pas de lui une quelconque nonchalance, des regrets dissimulés ! Les silences lourds, les éclats rauques marquent l’esprit. Tout autant que l’absence de dimension spirituelle.
Harnoncourt se situe aux antipodes des conceptions de Furtwängler, Jochum et Abbado, ce dernier avec Vienne. Le chef d’orchestre élabore une lecture dans la masse sonore de la formation, la plus impressionnante en termes de puissance, de souplesse et de caractère que l’on puisse entendre. D’une précision fantastique, les pupitres possèdent une véritable élégance alliée à une liberté individuelle (quels cuivres, flûtes, clarinettes !) sidérante. Le résultat est une lecture d’une gravité et d’une tension extraordinaires. Le début du Finale, par exemple, avec le déploiement de la fugue laisse sans voix. Un événement à ne pas manquer.