Quand je suis allé voir le spectacle chorégraphié par Julien Lestel à l’Espace Cardin, j’ai été soufflé par l’originalité de son style. C’est de la danse classique, mais débarrassée de l’anecdote narrative. Avec quelque chose de fort et de puissant qui vient de l’intérieur. Quand je l’ai rencontré, j’ai été charmé par sa simplicité et son humilité. Il possède une forte volonté créatrice avec un fond de mélancolie : son renvoi de l’école de danse de l’Opéra de Paris l’a durement marqué. Il avait tout : la passion, le talent, l’aura et pour des stupides motifs d’ordre physique (qui se sont résolus par la suite), on l’a exclu. Cette blessure a finalement été féconde dans son cas. Mais combien de rêves brisés dans l’ombre de cette grande maison !
Il est revenu finalement dans la troupe de l’Opéra de Paris, mais l’esprit de compétition qui y régnait ne lui convenait pas. J’ai repensé à cette phrase de Maria Joao Pires : « L’art, c’est la générosité. Etre un artiste, c’est aimer donner et recevoir : la base de l’échange humain. Or, la personne qui passe un concours va désirer sa victoire, donc la défaite des autres. Si je gagne et que tu perds, je ne peux pas être un artiste parce que l’artiste veut que nous communiquions. L’autre n’est pas un concurrent, c’est un ami. »
Tout est dit. Julien Lestel est devenu un artiste le jour où il a quitté l’Opéra de Paris pour être en accord avec sa nature profonde. Il a fait le sacrifice de la sécurité pour voler de ses propres ailes. Cela ne veut pas dire que les étoiles de l’Opéra de Paris ne sont pas des artistes. Mais dans son cas, parvenir au sommet de son art exigeait d’avoir le courage et l’intelligence de rompre les amarres.
Voici son programme :
Le morceau que j’aime par dessus tout, Gabriel Fauré, Requiem « Pie Jesu »
dans la version de Michel Corboz.
Mes 3 madeleines: 1/ G.Bizet, Carmen air de Don José « La fleur que tu
m’avais jetée »interprétation Nicolai Guedda
2/ P.I.Tchaïkovsky, Casse-noisette, fin de
l’acte 1, « valse des flocons de neige » (avec choeurs)
3/ F.Schubert, impromptu n°4 op. 90 , partie centrale
6 à 7 musiques classiques:
1/ Karol Beffa, « Paradis
artificiels » n°2
2/ J.S.Bach, Choral « ich ruf zu dir,
herr Jesu Christ » interprété par François-René Duchable
3/ L.Delibes, Lakmé, « duo des fleurs
« , interprétée par Patricia Petitbon
4/ R.Schumann, Quatuor pour piano et
cordes en mi bémol op.47, 3e partie, « Andante Cantabile »,
interprété au piano par Glenn
Gould
5/ M.Ravel, concerto en sol, 2e
mouvement, interprété par Hélène Grimaud
6/ E.Lalo, Namouna, extraits de
ballet, « prélude »
7/ D.Chostakovitch, concerto n°2 pour piano en
fa majeur, op.102, « andante »