Après deux premiers remarquables volumes consacrés au musicien roumain, Hannu Lintu nous offre une référence de la Première Symphonie ainsi que de la Symphonie Concertante. Pour cette partition datée de 1901, la prestation de Truls Mørk est fusionnelle avec l’orchestre, justifiant le titre de l’oeuvre que George Enescu a pris soin de ne pas dénommer " concerto ". Les couleurs chambristes des dialogues appartiennent entièrement à l’univers du postromantisme (Brahms). Hannu Lintu et Truls Mørk en comprennent le lyrisme chaleureux sans exacerber l’épaisseur de l’écriture que l’on pardonne venant d’un génie âgé alors de vingt ans.
Bouillonnante d’énergie, la Première Symphonie (1905) trouve ici sa plus belle version. Hannu Lintu réussit à intégrer à la fois les éléments classiques (le modèle beethovénien s’impose chez le jeune Enescu) et un romantisme qui emprunte autant à Franck, Brahms et Strauss. Le caractère sanguin, le climat d’inquiétude et de mystère, mais aussi l’énergie du premier mouvement sont très expressifs. Très belle atmosphère également dans le mouvement lent dont l’orchestre souligne l’influence des couleurs françaises, c’est-à-dire la superposition de textures qui donnent vie au tableau sonore. Là où d’autres interprètes se sont perdus dans un impressionnisme assez banal, Lintu clarifie les jeux de timbres (cors, trompette, etc.). L’énergique Finale surprend tout autant, faisant songer à la Première Symphonie d’Elgar. Le caractère épique, héroïque de la partition est traduit avec panache et audace. La prise de son chaleureuse et précise participe à cette superbe réussite. Ce troisième volume confirme que nous tenons les premiers jalons d’une intégrale de référence.
ENESCU DE GÉNIE PAR LINTU ET MØRK
Radio Classique
Hannu Lintu et Truls Mørk nous entraînent avec un enthousiasme communicatif dans deux chefs-d'oeuvre peu connus, poétiques et lyriques, du jeune Enescu.