Elgar par Alisa Weilerstein

Malgré la biographie impressionnante (sur son site uniquement) de la violoncelliste de 25 ans, l’interprétation du Con­certo d’Elgar nous laisse dubitatif. Non pas la technique, superbe, impeccable, efficace, mais ce qui est plus gênant, c’est l’absence totale d’inspiration de cette version. Gêne d’autant plus grande, lorsqu’on écoute " la " version de référence de Jacqueline DuPré avec Barbirolli. Comment est-il possible dans une partition aussi lyrique et passionnée, de passer à ce point à côté de l’émotion ? Émotion à la fois romantique, mais aussi expression de la tragédie car l’œuvre fut composée sur le coup des horreurs de la Première Guerre mondiale. Ce n’est assurément par l’orchestre berlinois, à la limite du sirupeux et sans grand attrait, qui peut nous surprendre. Le Finale atteint d’ailleurs la limite de la vulgarité. Et, pourtant, Alisa Weilerstein se donne beaucoup de mal pour faire vibrer ses cordes, appuyer les rubatos jusqu’à l’excès… C’est à elle d’unifier les thèmes et les idées secondaires, de porter le dialogue avec l’orchestre. Rien n’y fait. On entend une partition aseptisée, sans les expressions de la douleur et du bonheur de DuPré, l’intelligence rugueuse de la narration de Truls Mørk avec Simon Rattle.
L’écriture éparpillée et peu séduisante du Concerto pour violoncelle d’Elliott Carter n’est hélas pas davantage adaptée à l’orchestre. Celui-ci écrase mollement la violence éruptive des contrastes. On a l’impression que soliste et pupitres s’épuisent en pure perte chacun de leur côté. La comparaison avec la version plus aérienne et inventive de Jan Vogler avec Krystian Järvi et le RSO de Bavière (Neos) est en défaveur de cette lecture. En complément, le Kol Nidrei de Bruch ne nous faire guère changer d’avis. Casals, DuPré, Starker, entre autres, ont laissé des témoignages infiniment plus subtils et pudiques.
Edward Elgar (1857-1934)
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Concerto pour violoncelle op. 85. + Carter : Concerto pour violoncelle. + Bruch : Kol Nidrei op. 47
Alisa Weilerstein (violoncelle), Orchestre de la Staatskapelle de Berlin, dir. Daniel Barenboim
Decca 4782735 (Universal). 2012. 62′ Nouveauté