Chostakovitch et Britten par James Ehnes

Les redoutables concertos pour violon de Britten et Chostakovitch semblent ne rencontrer aucun problème technique sous les doigts de James Ehnes.

En 2001, le violoniste canadien James Ehnes reconnaissait, à propos du Concerto de Britten, que les pièges extrêmement vicieux de l’écriture, proches de l’injouable, empêchaient l’œuvre de s’imposer au répertoire. Il est vrai, ce concerto, créé à New York en 1940, est marqué par son caractère sérieux, tendu à l’extrême dans ces notes finales d’une incomparable noirceur. Œuvre ingrate donc, mais qui trouve sous les doigts du violoniste une version d’une rare émotion. Une telle réussite tient avant tout à l’osmose qui règne entre le chef et le soliste, à leur parfaite compréhension du langage musical qui regarde du côté de l’Espa­gne à peine sortie d’une épouvantable guerre civile. Le soliste déverse, au fur et à mesure de l’avancée du discours musical, une suite incomparable de sonorités qui confèrent au con­certo une frémissante sensibilité, humanisant, tempérant, approfondissant une œuvre moins violente qu’il y paraît, et qui trouve un épanouissement sublime dans la cadence du deuxième mouvement et dans l’ample passacaille qui suit, où l’extase supplante l’ordre et la tyrannie de la forme. James Ehnes, lui, parvient à transmettre une substantielle émotion à une page moins univoque qu’on le soupçonnait.
De telles affinités musicales ne pouvaient que conduire au Premier Concerto de Chostakovitch, couplage idéal qui rappelle l’amitié et l’admiration que se vouaient les deux compositeurs. Là encore, Ehnes s’impose par l’intelligence qu’il instille tout au long du concerto, tour à tour grimaçant, sarcastique, ensorcelant et élégiaque. La maturité du soliste n’est jamais prise en défaut comme dans la cadence qui marque un point de non-retour avant l’ébouriffant burlesque. Il se départit du son lisse qu’on lui reprochait parfois, ponctuant la ligne mélodique. L’orchestre est ici plus en retrait, presque effacé, mais quelle hargne et quelle pugnacité explosées dans le burlesque !On comptera sur cet enregistrement qui unit deux œuvres nourries d’un mélange de fièvre et d’inquiétude.
Benjamin Britten
(1913-1976)
CHOC
Concerto pour violon op. 15.+ Chostakovitch : Concerto pour violon n° 1 op. 77
James Ehnes (violon), Orchestre symphonique deBour­nemouth, dir. Kirill Karabits
Onyx 4113 (Harmonia Mundi). 2012. 67′ Nouveauté