La première fois que j’ai rencontré Charlotte de Turckheim, c’était il y a plus de quinze ans. J’étais jeune journaliste au Quotidien de Paris et l’attachée de presse m’avait organisé un déjeuner avec l’actrice dans un restaurant chic du quartier de l’Alma. C’était assez rare, car généralement les interviews se passaient dans une loge mal chauffée, un café bruyant, voire dans un taxi en route pour l’aéroport quand il s’agissait d’une star américaine surbookée.
Le déjeuner s’est déroulé dans la bonne humeur, bonne chère, bon vin… Au moment du café, Charlotte de Turckheim a aperçu Fabrice Luchini à l’autre bout du restaurant et s’est levée pour lui dire bonjour. C’est ce moment qu’a choisi le maître d’hôtel pour m’apporter une note plutôt salée. Je ne me voyais pas apporter une note de frais à Philippe Tesson, car le journal était en grave difficulté financière. Je ne me voyais pas non plus régler ce montant astronomique : je tirais le diable par la queue et vivais dans un 20 m2 (où les livres et les disques occupaient la plus grande place) au 6e sans ascenseur. Deux mois de pâtes en perspective. Quand Charlotte est revenue pour prendre congé, car un taxi l’attendait (moi j’avais le temps, le métro ne m’attendait pas), j’ai trouvé le courage, rouge jusqu’aux oreilles, de lui dire : « Comment fait-on pour la note ? » Elle a paru surprise : « Comment ça se passe d’habitude ? » Moi : « Généralement, je ne paie jamais. » Et elle : « Moi non plus ». Et nous avons éclaté de rire. Très gentiment, elle a sorti sa carte goldissime en me disant : « Il faudra que je pense à utiliser cette histoire dans un sketch ». L’attachée de presse s’est ensuite pris un bon savon par Armelle Héliot qui dirigeait le service culture du journal et à qui j’avais raconté la mésaventure.
En voyant plus tard le film « Une journée chez ma mère », j’ai bien ri lorsque la châtelaine se plaint d’impôts trop lourds à son jardinier qui lui répond qu’il n’en paie pas. « Mais comment faites-vous ? » lui demande-t-elle. Et lui : « Je gagne peu d’argent. » Et elle : « Mais quelle bonne idée ! » Tordant, non ?
Voici son programme :
Pour les titres classiques :
« Violin Sonota La Follia, Opus 5, No. 12 », Arcangelo Corelli (BO Jefferson à Paris)
Wagner : Ouverture de Tannhauser
Prélude de Lohengrin
Pour les madeleines :
« Volver Volver », Chavela Vargas
Raul Paz
Gente De Zona