CHAILLY FÊTE BRAHMS ET MAHLER

Tout semble si simple et si évident. Quelle merveille de voir et d'entendre le Gewandhaus de Leipzig aux ordres de son chef Riccardo Chailly !

Le chef milanais est sous les projecteurs ce mois-ci avec un doublé Brahms-Mahler, l’un au disque, l’autre en DVD. Sérénade ou symphonie ? On cherchera vainement dans les deux sérénades de Brahms un goût comparable pour le divertissement comme chez Mozart et Dvorák. Bien que le modèle reste celui des partitions classiques du XVIIIe siècle, c’est davantage vers la symphonie que se tourne l’auteur d’Un Requiem allemand. Pour autant, Brahms hésita à orchestrer l’Opus 11, comme si l’oeuvre devait mûrir, 18 ans avant la composition de la Première Symphonie. Chailly ne prend pas tant de précautions avec l’oeuvre. Il dispose d’un orchestre somptueux et il nous laisse deviner, dans la Première Sérénade, les couleurs de la Troisième Symphonie. Il nous délecte de la souplesse de sa phalange qui colore les pas de danse, les élans lyriques de cette musique. On en oublie que la Sérénade en ré majeur fut révisée de fond en comble et achevée en même temps que la Première Symphonie. Le contrepoint est particulièrement élaboré (le modèle de Haydn est encore bien présent), offrant aussi bien des teintes pastorales (le souvenir de Beethoven ne s’estompera jamais chez Brahms) qu’un lyrisme plus nordique que viennois. Ce qui rend souvent les deux sérénades si austères et si peu prometteuses pour les auditeurs, s’estompe dans cette interprétation si forte et si peu décorative. Avec Chailly et le Gewandhaus de Leipzig, les deux oeuvres révèlent leur nostalgie émouvante qui culmine dans le Menuetto de la Sérénade n° 1 et l’Adagio de la Sérénade n° 2. Cette version rejoint les lectures abouties de Haitink, Abbado et Mackerras.
Chailly et le Gewandhaus de Leipzig poursuivent leur intégrale Mahler avec la Neuvième Symphonie, fruit de plusieurs captations en concert. Les couleurs sont expressionnistes, mêlant à la fois des timbres durs, glaçants et une clarté dans les attaques, l’intonation, proprement sidérante. Le chef transmet un élan de plus en plus puissant, dynamique. Pour autant, l’orchestre ne se départit jamais de son élégance naturelle. Le dosage des cuivres est ainsi d’une subtilité rare, le ländler du second mouve- ment, traduisant à merveille l’esprit d’une chasse à cour. La danse virtuose, la netteté, la brillance et simultanément le caractère charnu des cordes, tout témoigne d’un orchestre d’une classe folle. Conçu dans un seul élan et un tempo plutôt allant, l’Adagio conclusif est porté avec une noblesse qui émeut. C’est un hymne d’une dynamique prodigieuse. Nous tenons l’une des grandes lectures en DVD de l’oeuvre avec celles de Bernstein (Vienne, 1971), Haitink (Concertgebouw, 1987 et 2011) et Abbado (Gustav Mahler Jugend Orchestra, 2004 et Lucerne, 2010).
Le documentaire qui suit, réunit le chef et Henri-Louis de La Grange. Un échange fructueux de deux personnalités qui connaissent " leur " Mahler comme personne.