Brahms par Klaus Tennstedt

Imprévisible et génial, Klaus Tennstedt nous invite à une écoute de symphonies de Brahms qui comptent parmi les plus inspirées.

La discographie du chef allemand qui fut le directeur du Philharmo­nique de Lon­dres à partir de 1983 recèle autant de loupés que de témoignages géniaux. Ces Brahms rejoignent ainsi les Bruckner et Mahler les plus réussis. La con­ception de Tennstedt est aussi physique que métaphysique. Sa manière d’empoigner les pupitres, d’en extraire la plus petite parcelle d’énergie se double aussi d’une capacité hors norme de théâtraliser l’espace sonore. Le début de cette Première Symphonie nous rappelle celle – légendaire – de Furtwängler, à Hambourg, en 1951.
Chez Tenn­stedt, la densité expressive est comparable, avec un orchestre (tout comme celui de Furtwängler) qui n’est pas, loin s’en faut, le plus beau du monde. Pourtant que de sentiments et d’idées exprimés par des pupitres à la limite de la rupture ! Tout comme les cuivres et les premiers violons dans le Finale, nous sommes étranglés par l’émotion. Moins bien captée, la Troisième Sympho­nie est tout aussi passion­nante. Tennstedt obtient une magnifi­que intensité de l’effusion lyrique, jouant sur l’élasticité des tempos afin de créer des climats clair-obscur, jouant de l’épaisseur (cuivres) et du tranchant (violons) à la fois, pour créer une véritable narration. Le Poco allegretto si souvent alangui, paraît ici d’une fluidité passionnée. Sans disposer de la qualité des formations de Jochum, Karajan, Haitink, Tennstedt convie l’auditeur à un voyage d’une hauteur de vue rare au disque.
Johannes Brahms
(1833-1897)
CHOC
Symphonies nos 1 et 3
Orchestre philharmoniquede Londres, dir. Klaus Tennstedt
LPO 2 CD 0068 (Abeille).1992, 1983. 1 h 24′ Nouveauté