« Bach est ressuscité ! » Entretien Raphaël Pichon

Raphaël Pichon et l'Ensemble Pygmalion viennent d'enregistrer la Köthener Trauermusik destinée aux funérailles du prince d'Anhalt-Köthen. Cette oeuvre perdue de Bach puise dans la Passion selon saint Matthieu, la Messe en si et la Trauerode et oblige à un travail d'archéologue.

Vous avez porté ce projet au concert une quinzaine de fois avant de l’enregistrer. A-t-il subi des modifications?
Oui, cette série, étalée sur trois ans, a permis d’affiner la forme de cette Trauermusik et de modifier complètement certains récitatifs. Ce qui semblait convenir sur le papier ne sonnait pas toujours bien pour des raisons d’instrumentation, d’atmosphère ou de plan tonal. Il fallait alors recommencer. Ce fut un long processus avant d’arriver à une solution convenable qui reste, cela dit, une proposition.
Comment fait-on pour oublier les airs originaux, aujourd’hui si célèbres, de la Passion selon saint Matthieu ?
Avec le temps. Le sentiment le plus fort, au gré des concerts, a été de s’approprier cette oeuvre reconstituée, de la considérer dans son entier et de ne plus avoir l’impression d’interpréter des extraits de la Saint Matthieu avec un autre texte. Par ailleurs, Bach nous a sans cesse impressionnés par son génie de la réappropriation. Il conçoit une oeuvre nouvelle à partir de partitions existantes, et cela tombe parfaitement juste! Stupéfiant!
Le voyage en sens inverse risque-t-il d’influencer vos interprétations futures de la Messe en si mineur ou de la Passion selon saint Matthieu ?
Bien évidemment, c’est un travail essentiel et très enrichissant, comme l’a prouvé le concert de la Messe en si, préparé après en avoir abordé la version originelle [Missa 1733 ­ Alpha]. Aussi la Trauermusik constitue-t-elle une étape avant notre première Passion selon saint Matthieu prévue en 2016 à l’occasion des dix ans de l’Ensemble Pygmalion.
Comme Bach, Rameau tient également une place de choix dans votre répertoire. Vous avez déjà enregistré Dardanus, que vous donnerez sur scène l’an prochain, et venez de mettre en boîte Castor et Pollux, version de 1754. Que peut-on espérer découvrir de nouveau ?
Si la façon de chanter Rameau a heureusement beaucoup changé depuis les années 1970, le niveau technique instrumental s’est considérablement élevé ces derniers temps. Et il le faut, car Rameau a confié à l’orchestre, aux cordes notamment, les pires vacheries de tout le XVIIIe siècle! Comme nous avons voulu coller au plus près à la réalité de l’époque, nous adoptons un diapason à 400 Hz au lieu du traditionnel 392 Hz qui amollit les cordes à cause d’une faible tension. Cela donne une image sonore très différente et permet de régler les problèmes vocaux de hauteur. Et puis notre travail se distingue également par une répartition encore inusitée de l’orchestre entre un petit et un grand choeur. Nous disposons ainsi d’un continuo constitué de quatre violoncelles jouant à l’unisson, d’une contrebasse et de deux clavecins. C’est loin d’être une solution de facilité mai