Les premières mesures de l’Andante de la BWV 1030 laissent craindre une lecture virtuose par de jeunes gens pressés. Tempo allant, syncopes impérieuses, mise en place impeccable, émission très droite, justesse irréprochable : une telle perfection impressionne. Mais au fur et à mesure que la musique se déploie, on comprend qu’il s’agissait d’un lever de rideau appelé à capter l’attention et non d’une orientation interprétative pour l’intégralité du programme. Très vite, les croches répétées (sol puis fa) révèlent une fluidité de phrasé qui ne doit rien à la mécanique mais relève du discours et de sa ponctuation. Et dans ce mouvement particulièrement développé, de plus de cent mesures, dans lequel la flûte et le clavecin partagent un véritable dialogue concertant, Bach en a soigné les plus subtiles inflexions, utilisant un rythme sans cesse varié. C’est là une des forces de cette version qui s’impose au sommet de la discographie malgré Frans Brüggen bien prudent, Barthold Kuijken et Jed Wentz : aller au fond des notes sans jamais prendre la pose du penseur ni adopter un langage didactique.
François Lazarevitch livre dans son texte de présentation le secret de cette réussite : la lecture d’un manuscrit de Quantz, conservé à la bibliothèque royale de Copenhague, riche en enseignements sur l’articulation et les notes inégales. Bien évidemment, le flûtiste ne va pas systématiquement hoqueter sa ligne mélodique mais il la galbe selon un débit qui s’approche très souvent du langage parlé. François Lazarevitch et ses complices laissent cette musique s’exprimer avec un naturel déconcertant. " Sous sa main chaque morceau paraissait être un vrai discours " écrivait Forkel à propos de Bach. Les Musiciens de Saint-Julien ne l’ont pas oublié.
BACH AUX PETIS SOINS
Radio Classique
Grâce à une virtuosité superlative, François Lazarevitch et ses musiciens emportent l'auditeur dans un tourbillon qui le laisse la tête dans les étoiles.