AUGUSTIN DUMAY : «Beethoven me fait peur»

L'enregistrement à Paris du Premier Sextuor de Brahms pour le label Onyx achevait, il y a quelques semaines, un album qui comprend aussi le Concerto pour violon et la Symphonie n° 8 de Beethoven. Au violon... et à la baguette : Augustin Dumay.

Quelles sont les qualités requises pour être à la fois le soliste et le chef d’orchestre du Concerto pour violon de Beethoven ?
La première des qualités est l’humilité. Dans ce concerto, peut-être le plus difficile de tout le répertoire, Beethoven parle à l’Humanité entière. Il est difficile et, de surcroît, il fait peur ! L’intonation doit y être parfaite et l’exhibitionnisme prohibé. Il ne s’agit pas de séduire l’auditoire : on ne séduit pas l’Humanité ! Yehudi Menuhin, qui l’a enregistré avec Wilhelm Furtwängler avait cette formule : " Quand on joue ce concerto, la pire catastrophe est juste à côté de la plus pure merveille. " En clair, il faut dire des choses essentielles sur le fil d’un rasoir.
N’est-il pas plus " confortable " d’être dirigé par un chef d’orchestre ?
Je l’ai joué souvent ainsi. C’est parfait lorsque vous éprouvez une vision commune avec le chef. Sinon, le dialogue tourne court. Lorsque vous dirigez du violon, la configuration des pupitres est celle d’un ensemble de musique de chambre. Les vents, par exemple, sont placés près de vous. Nous avons d’ailleurs poursuivi cette idée " chambriste " avec le Sextuor de Brahms qui prolonge, en quelque sorte, la couleur beethovénienne du disque.
Quand décide-t-on d’enregistrer le concerto ?
Là est la question ! Dix fois, j’ai refusé de le faire. Cette oeuvre est l’aboutissement de la vie d’un violoniste. On peut avoir une petite chance de la servir si, auparavant, on a joué toutes les sonates et interprété ou dirigé les symphonies…
L’interprétation " baroque " vous a-t-elle marqué ?
Les influences sont évidentes et/ou inconscientes. Des personnalités comme Gardiner ou Harnoncourt sont inspirantes ; ces musiciens ont décapé l’interprétation de Beethoven dont l’oeuvre a gagné en clarté et en force expressive ce qu’elle a perdu en caractère pompeux et postromantique. Ils ont repensé les phrasés, ce qui est salutaire dans notre époque qui simplifie à outrance. Pour autant, ce n’est pas parce que vous jouez sur des instruments avec des cordes en boyaux que vous êtes dans l’authenticité. C’est de l’ordre de l’anecdotique ! Ce qui importe, c’est votre conception de l’oeuvre.
Quels sont vos autres projets chez Onyx ?
Nous avons gravé le Concerto pour violon n° 2 de Bartok avec le Symphonique de Montréal et Kent Nagano. À cela s’ajoute l’intégrale des sonates pour violon et piano de Mozart avec Maria Joao Pires, de la musique française pour orchestre (Saint-Saëns, Franck). Bref, les projets ne manquent pas!