Bruch ? Brahms ? Dès les premiers accords de l’orchestre et l’entrée du violon, on doute qu’il s’agisse de la partition de Dvorák, du moins celle que nous entendons sous les archets de Suk, Milstein, Oïstrakh… L’œuvre perd – si toutefois il s’agit réellement d’une perte – la fraîcheur du tempérament tchèque, l’esprit rugueux et paysan de l’inspiration thématique – pour un gain tout aussi appréciable : celui d’un rapprochement avec l’univers postromantique allemand. À cela s’ajoute son raffinement chambriste. En effet, les passages intimistes de l’Adagio aux frontières du murmure sont d’une exceptionnelle richesse expressive. Anne-Sophie Mutter réduit les accents purement folkloriques au profit d’un lyrisme grandiose. Le Philharmonique de Berlin brille avec style, jusque dans les accents piqués du Finale. La compacité de l’écriture s’est envolée et, simultanément, le violon réussit ici la prouesse d’être cinglant et chaleureux à la fois.
La Romance plus souvent donnée dans sa version pour piano et violon est profondément touchante, évitant l’écueil du sentimentalisme. L’orchestre, tout en profondeur, porte une voix soliste jamais prise en défaut de sincérité. Il en va de même de la Mazurek, un témoignage bien différent de la personnalité de Dvorák.Enfin, pourquoi ne pas avoir gravé la version orchestrée par Kreisler de l’Humoresque, et lui avoir préféré son adaptation pour violon et piano ? Curieux choix, mais qui révèle le souci de refermer ce programme dans un climat intimiste. Un grand disque.
Antonín Dvorák (1841-1904)
Concerto pour violon op. 52.Romance pour violon et orchestre op. 11. Mazurek pour violon et orchestre op. 49. Humoresque op. 101 n° 7 (arr. Fritz Kreisler)
Anne-Sophie Mutter (violon), Ayami Ikeba (piano), Orchestre philharmonique de Berlin, dir. Manfred Honeck
DG 479260 (Universal). 2013. 55′
Nouveauté
Anne-Sophie Mutter soliste du Concerto de Dvorák
Radio Classique
La violoniste interprète ce concerto avec une conception et une richesse expressive ultra-romantique assumées.