BERNAC Pierre – Biographie

(1899 - 1979) Baryton

Baryton léger, Pierre Bernac est l’un des principaux interprètes des mélodies de Francis Poulenc, dont il est le presque jumeau, né à Paris cinq jours après lui. Pendant vingt cinq ans, de 1934 à 1959, ils donnent ensemble des centaines de récitals dans différents pays, et enregistrent la plupart des pièces de leurs programmes. Poésie et musique trouvent avec eux une sorte d’idéal et d’alchimie parfaite, puisant leur inspiration chez leurs illustres prédécesseurs Chabrier, Duparc, Fauré, Debussy et Ravel.

Pierre Bernac en 10 dates :

  • 1899 : Naissance à Paris
  • 1922 : Élève d’André Caplet
  • 1926 : Chansons gaillardes de Poulenc
  • 1933 : Pelléas à Paris
  • 1934 : Récital Debussy à Salzbourg avec Poulenc
  • 1948 : Première tournée aux Etats-Unis avec Poulenc
  • 1954 : Tournée en Égypte, Allemagne, Angleterre et Pays-Bas
  • 1959 : Dernier récital salle Gaveau
  • 1970 : L’interprétation du chant français
  • 1979 : Mort à Villeneuve-les-Avignon

Pierre Bernac se découvre une vocation de chanteur à vingt ans.

Né Pierre Bertin, dans une famille aisée qui le destine à des métiers non artistiques, il ne suit pas de formation musicale avant dix-sept ans. Il commence le chant et devient l’élève du compositeur André Caplet, proche de Debussy et de Ravel, puis celui de la pianiste Yvonne Gouverné, qui accompagnera ses débuts, enfin du baryton allemand Rheinhold von Warlich, à Salzbourg. Celui-ci lui donne une solide formation pour les lieder allemands, dont témoignera son enregistrement des Dichterliebe de Schumann avec Robert Casadesus.

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Son premier récital en 1925 est suivi l’année suivante de sa rencontre avec Poulenc.

Il donne son premier récital à Paris avec Yvonne Gouverné, puis se voit proposer par Poulenc de créer ses Chansons gaillardes, sur des textes grivois du XVIIIème siècle, le succès est au rendez-vous mais la collaboration avec le compositeur ne connaît pas de prolongement immédiat. Poulenc dira plus tard qu’il pensait avoir choqué le très digne Bernac !

Après plusieurs années de récital de mélodies, il chante Pelléas au Théâtre des Champs Elysées, son unique rôle à l’opéra, qu’il reprendra à Genève en 1936 sous la direction d’Ansermet. Cette incursion n’aura pas de suite. Bernac restera un chanteur de récital, perfectionnant sans cesse son art de la mélodie, et devenant un professeur recherché.

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Avec Poulenc, la complicité musicale est fructueuse.

C’est à Salzbourg, en août 1934, que fortuitement Bernac demande à Poulenc de l’accompagner au piano pour un récital Debussy dans la maison d’une riche américaine. Dans son livre Francis Poulenc et ses mélodies, Bernac relate ainsi cet épisode fondateur : « Étrange soirée que cette soirée Debussy…Il y avait d’abord un concert d’orchestre au Mozarteum, dirigé par un jeune chef auquel on s’accordait à prédire un brillant avenir : Herbert von Karajan. Le public sortait ensuite dans le jardin Mirabell où, dans le théâtre de verdure, le Ballet de l’Opéra de Vienne dansait L’Après-midi d’un faune (il est amusant de remarquer que la chorégraphie était de Margherita Wallmann, qui, vingt-trois ans plus tard, devait faire la première mise en scène de l’opéra de Poulenc Dialogues des carmélites pour la création à la Scala de Milan). On traversait alors le jardin, on franchissait un haut mur par un escalier de bois que la dame américaine avait fait construire et on atterrissait dans le jardin de sa maison. Là, sous un grand tilleul, il y avait un piano. Et c’est là que, sur le coup de minuit, nous avons donné avec Francis Poulenc un concert qui devait être le premier d’une longue série. Car notre accord musical fut tel que nous décidâmes de créer une équipe qui se consacrerait à l’interprétation du répertoire vocal de concert, avec le même souci de perfection et d’ensemble que l’on trouve dans certaines équipes de sonates pour instrument et piano. Dès ce moment commença notre amicale collaboration avec Francis Poulenc ».

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Ils récidivent à Paris, salle Cortot en avril 1935, avec les Cinq Poèmes de Paul Eluard. Leur collaboration durera vingt cinq ans ! Des 140 mélodies composées par Poulenc, 90 sont dédiées à Bernac, qui n’est pas seulement muse et interprète mais aussi conseiller pour la voix dans bien des compositions majeures, notamment Dialogues des Carmélites. Leur amitié au long cours, traversant les épreuves et les accès de dépression du compositeur, a produit l’une des belles pages de l’histoire de la musique et de la mélodie française.

 

Il est l’auteur d’un livre écrit en anglais L’interprétation du chant français.

Bernac publie en 1970 un guide des mélodies françaises pour les chanteurs anglophones. Ses analyses portent sur dix-huit compositeurs français, de Berlioz à Ravel et Poulenc. Très apprécié des Américains et des Anglais, ce guide demeure une référence pour les chanteurs qui proposent des récitals de mélodies françaises. L’année suivante, il complète ce guide par un livre spécifique Francis Poulenc et ses mélodies, donnant de précieuses indications sur l’interprétation des œuvres de Poulenc.

« Jardin nocturne » de Fauré (Pierre Bernac et Francis Poulenc)

Ses nombreux élèves vont de Gérard Souzay à Jessye Norman.

Il enseigne le chant avec passion et précision, élaborant ce qui ressemble à une doctrine, qui aura ses détracteurs, qui s’en prendront plus à ses disciples qu’à lui-même. Ainsi Gérard Souzay, son successeur le plus zélé, se verra attaqué par les intellectuels des années soixante, au nom d’une idéologie anti-bourgeoise qui trouvera de puissants relais après 1968. Les Américains en revanche n’auront pas ce dédain et Bernac sera le professeur de chant de nombreuses vedettes du chant lyrique, telle Jessye Norman, future icône de la même intelligentsia européenne anti-Souzay. A New York, ses master class des années 1970 sont réputées ainsi qu’en témoigne Thomas Grubb, pianiste et coach des chanteurs lyriques, spécialiste de la mélodie française, qui lui sera fidèle jusqu’à ses derniers jours. En France c’est à l’Académie Maurice Ravel de Saint-Jean-de-Luz que Pierre Bernac donne ses cours de chant, formant ainsi pendant plusieurs années de jeunes interprètes.

A partir du milieu des années 1970 sa santé décline, il doit réduire ses activités et ses déplacements. Il se rend encore à l’Académie Ravel en 1977 pour la dernière fois. Proche de Simone Girard, présidente de la Société Avignonnaise de Concerts, amie de Poulenc, qui avait organisé en 1936 un de leurs premiers récitals, il est accueilli chez elle et décède à l’hôpital de Villeneuve-les-Avignon en octobre 1979.

 

Philippe Hussenot

 

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