Zimmermann par Ingo Metzmacher

Ingo Metzmacher et Alvis Hermanis réussissent l’incroyable performance de nous donner la référence des « Soldats » de Zimmermann, opéra déclaré injouable par sa technique d’écriture vocale et instrumentale.

Texte de Lenz d’une férocité absolue, sans illusion : " une putain est une putain ", musique d’un Zimmermann fasciné par cette violence fondamentale du rapport hommes femmes, Les Soldats sont depuis leur création à Cologne en 1964 – la captation dort dans les archives de la NDR – un coup de poing au visage des spectateurs. Leur création locale à Salzbourg fut le sommet inattendu du Festival 2012. La production du Letton Hermanis, merveilleuse­ment installée, fausses arcades vitrées – on voit, on est vu – sous les vraies arcades du Manège aux chevaux, les fait défiler en fond, entre lits d’aliénés, et fourrage où se vautrent des ébats sexuels sans mièvrerie. Montrant la piétaille se masturbant, ou Marie s’extirpant un bébé sous forme d’un fétu de paille pendouillant, il n’a peur ni d’enfoncer le clou, ni d’oser l’onirisme, quand, moment de grâce, la victime désignée traverse, à l’image de son destin, l’espace vide sur un fil d’équilibriste. Voyeurisme partout, vision sans indulgence, d’autant que la Felsen permet les scènes simultanées prévues par Zimmermann.
Interprètes formida­bles, investis, du Desportes immonde de Daniel Brenna au Stolzius dantesque de Koniec­zny et à la Marie absolue de Laura Aikin. Avec Metzmacher, spécialiste de cette musique qui n’est pas qu’agression, voilà la référence en vidéo désormais, devant Kupfer/Kontarsky (Arthaus), moins lisible.
Bernd Alois Zimmermann
(1918-1970)
CHOC
Les Soldats
Laura Aikin (Marie), Tanja Ariane Baumgartner (Charlotte), Gabriela Benackova (Comtesse de la Roche), Alfred Muff (Wesener), Tomasz Konieczny (Stolzius), Matthias Klink (Le jeune Comte), Daniel Brenna (Desportes), Wolfgang Ablinger-Sperrhacke (Pirzel), Boaz Daniel (Eisenhardt), Orchestre philharmonique de Vienne, dir. Ingo Metzmacher, mise en scène Alvis Hermanis
EuroArts 2072588 (Harmonia Mundi). 2012. 2 h 02′ Son §§§ Image §§§