Yann Queffélec : Oedipe roi

 Olivier Bellamy reçoit Yann Queffélec sur Radio Classique

En partant à Marseille, voir l’excellent spectacle de Julien Lestel, rencontrer des auditeurs et lecteurs à la Fnac et embrasser mes trois tantes chéries, j’ai emporté le livre de Yann Queffélec Le piano de ma mère que j’ai dévoré dans l’avion. En rentrant à Paris, j’ai appris par une amie que l’auteur et son éditeur (L’Archipel) étaient à couteaux tirés. Ce dernier aurait lancé l’impression des épreuves non totalement corrigées sans l’aval du premier. Les rapports entre auteur et éditeur sont parfois compliqués (comme entre un producteur et un réalisateur au cinéma). Il y a de la mauvaise foi et des arrières-pensées des deux côtés : Yann Queffélec commençait à se rapprocher de Plon où il a trouvé en Jean-Claude Simoën un véritable amoureux de la littérature, pas un marchand comme il y en a tant. Mais l’idée de ce voyage autobiographique revient à L’Archipel, c’est lui qui a fait cette proposition à l’auteur engendrant une oeuvre qu’il eût été malséant de vendre à quelqu’un d’autre. Mais l’éditeur se plaint d’avoir versé beaucoup d’à-valoir sans voir le bout d’un manuscrit et lorsqu’il le reçoit, après des délais largement dépassés, silence radio de l’auteur, qui s’était engagé avec un autre éditeur à qui il devait aussi un livre… Difficile de trancher dans cette histoire qui va sans doute occuper quelques avocats.

D’une manière générale, on peut estimer sagement que le « final cut » devrait revenir à l’auteur et à lui seul. Entre celui qui apporte sa sueur, ses tripes sur la table, sa vie, son âme et celui qui apporte l’argent, il n’y a pas photo. On est en France tout de même ! S’il n’est pas question de mépriser l’argent, le travail intellectuel doit être respecté davantage. Surtout lorsqu’il provient de quelqu’un qui n’est pas un débutant, qui est breton – donc réputé têtu, cabochard – et qui a vingt-trois livres à son actif. Mais les auteurs les plus talentueux sont parfois de drôles de filous qui se conduisent comme de véritables gamins. Quand on a une Françoise Verny avec des yeux d’ogresse qui vous harcèle et une Marie-Pink qui vous retape le manuscrit la nuit, tout va bien. Mais si vous êtes livré à vous-même, le naturel revient au galop ! Pour finir, Le piano de ma mère est un livre magnifique, même si l’auteur n’est pas d’accord. Après tout, le lecteur a aussi voix au chapitre, zut à la fin !

Pour le reste, je laisse la parole à Geneviève qui, dans un très beau commentaire, nous a glissé une phrase de Renan pour commenter le passage de Yann Queffélec dans Passion Classique : « La réserve apparente des peuples celtiques, qu’on prend souvent pour de la froideur, tient à cette timidité intérieure qui leur fait croire qu’un sentiment perd la moitié de sa valeur quand il est exprimé, et que le cœur ne doit avoir d’autre spectateur que lui-même.  »

Voici son programme :

Britten : Lacrymae Song sur un air de Dowland par Yuri Bashmet par exemple

Madeleines

Purcell : Funérailles de la Reine Mary (marche funèbre)

Marche turque de Mozart

La Truite (Die Forelle) de Schubert chantée par un chœur en allemand (Petits Chanteurs de Vienne par exemple)

Programme :

Mélodie hongroise de Schubert par Brigitte Engerer

Concerto n° 2 de Brahms – 2e mvt – Pollini Abbado

Concerto pour la main gauche de Ravel par Samson François

Sonate de Mozart par Anne Queffélec

Auf dem Wasser zu singen de Schubert-Liszt par Brigitte Engerer

Allegro barbaro de Bartok par Kocsis