Violences sexuelles faites aux femmes : le monde du patinage et du cinéma sous le feu des critiques

Dans l’Obs cette semaine, la championne de patinage artistique Sarah Abitbol accuse son ex-entraîneur de viols. Les violences sexuelles qui devraient aussi entacher la cérémonie des Césars le 28 février prochain, après les 12 nominations du dernier film de Roman Polansky, « J’accuse ».

 

La Fédération des sports de glace était alertée du comportement de l’entraîneur

Sarah Abitbol championne de patinage artistique raconte cette semaine dans l’Obs comment elle aurait été violée par son entraîneur. L’hebdomadaire a non seulement recueilli son témoignage mais aussi enquêté sur l’emprise des coachs. L’affaire remonterait au mois de juillet 1990. Sarah Abitbol a 15 ans et fait un stage de perfectionnement à La Roche-sur-Yon. Un stage intensif de 8 semaines encadré par un entraîneur violent et charismatique. Le soir, Sarah retrouve son box où elle s’écroule de fatigue sur ses peluches. Une nuit, une lumière se serait braquée sur son visage.
Son entraîneur lui aurait murmuré : « Tu ne trouve pas bizarre que je sois là, assis sur ton lit ». L’homme, qui dégageait une odeur d’alcool, aurait fourré sa langue dans sa bouche et sa main sous les draps. Sarah ne dira jamais rien de ce premier viol. Sauf à son journal intime, où elle consigne ses entraînements, mais marque également des initiales qui disent son calvaire qui aurait duré deux ans : t pour touchée, p pour pelotée, c pour coucher. Malgré toutes ces victoires chèrement payées, la dépression la rattrape.
Sarah Abitbol finira par alerter ses parents. Son cas n’est pas unique. Voilà aussi l’intérêt de son livre, qui sort le 30 janvier. Les autorités sportives de l’époque bien qu’alertées, n’ont pas fait grand-chose. Ces entraîneurs tout puissants, dont certains se connaissent bien, ont gravi ensemble les échelons de responsabilité au sein d’une fédération dirigée depuis 20 ans par Didier Gailhaguet ,qui préside les sports de glace depuis 20 ans. Les parents qui parfois s’aveuglent, ne veulent pas faire de vague; les jeunes filles, elles, se taisent. Mais le silence, malgré l’omerta, commence à se rompre. Dans l’Obs cette semaine, vous comprendrez pourquoi la glace va se briser dans le monde fermé et discipliné du patinage artistique.

 

 

Nicolas Sarkozy président ferait mieux que Marine Le Pen

Une autre personne sort du silence cette semaine, c’est François Fillon. L’ancien candidat des Républicains à la présidence de la République est partout dans vos journaux ce matin. Inquiétant avec ses lunettes noires à la Une de 20 minutes. Libération a cette formule : Fillon sur France 2 ce soir, c’est « une tribune avant le tribunal ». Libé qui s’interroge : est-ce la vocation du service public d’inviter Fillon avant son procès ? On pourra aussi poser la même question à la justice. Était-ce sa vocation de se saisir aussi vite du cas François Fillon, en pleine campagne présidentielle. Pour l’avocat Charles Consigny, Fillon a été l’objet d’une exécution judiciaire par « une petite bande de juges de gauche », confie le jeune homme à Valeurs Actuelles.
Les Républicains, si scandalisés furent-ils en 2017 par la célérité de la justice, sont mitigés sur le retour médiatique de leur ancien champion. Un des dirigeants LR va plus loin : « Donner deux heures de parole à un homme sans mandat ni fonction et qui a détruit la droite française, c’est minable, c’est sale ». Le même élu interrogé par Libération sur la proximité du procès et des élections municipales a cette réponse : « Je ne suis pas complotiste, mais suivez mon regard ». Le retour de François Fillon serait une tactique macroniste pour affaiblir la droite. Emmanuel Macron qui est lui à la Une du Point. « Qui ferait mieux que lui ? », se demande l’hebdomadaire, qui a sondé 1000 personnes. Résultat de la consultation : arrive en tête Nicolas Sarkozy, suivi de Marine Le Pen, de Nicolas Hulot et de François Hollande, talonné par Jean-Luc Mélenchon.

 

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Violences faites aux femmes : Marlène Schiappa dénonce une grande ambiguïté du cinéma français

Est-il possible que deux ans après le scandale #MeToo à Hollywood, deux mois après les révélations d’Adèle Haenel dans Médiapart, les professionnels du cinéma fassent de « J’accuse » le film le plus nommé aux César ? La réponse est oui. « 12 nominations et des questions » titre le Parisien-Aujourd’hui en France. Pour l’association « Osez le féminisme », le milieu manifeste son soutien au réalisateur, ce qui prouve qu’il n’a pas changé. Pour Marlène Schiappa, interrogée par le Parisien, il y a une grande ambiguïté du cinéma français. Il y a quelques mois, nous soutenions unanimement Adèle Haenel quand elle dénonçait les abus subis enfant. Au moment où Harvey Weinstein est jugé à New York, Roman Polansky est plebiscité en France.
Michel Ciment, directeur de la revue Positif et spécialiste du cinéma, n’est pas de cet avis. C’est le meilleur film de l’année et « J’accuse » célébré par les français et la critique mérite ces nominations, estime-t-il. Et le critique ajoute qu’il aurait aussi aimé que le film « Les Misérables » obtienne le prix Louis Leduc du premier film. Les hommes ont droit à une nouvelle vie et à une nouvelle chance. Ces chasses à l’homme sont absolument scandaleuses. Il y a donc des chances de se retrouver avec une cérémonie des Césars sous hautes tensions. Cérémonie qui célébrerait à la fois Polanski et désignerait meilleure actrice Adèle Haenel pour « Portrait de la jeune fille en feu », souligne le Parisien dans un ultime paradoxe.
Dans Valeurs Actuelles, on lira le conseil au monde du cinéma du maître des cérémonies des 77e Golden Globes. L’hebdomadaire reproduit ce que l’humoriste Rick Gervais a lancé aux acteurs et actrices qui seraient tentés par un discours politique en recevant leur trophée. « Si vous recevez une récompense aujourd’hui, ne l’utilise pas comme une tremplin pour faire un discours politique. Vous n’êtes pas en position de sermonner le public sur quelques sujets que ce soit. Vous ne savez rien du monde réel. La plupart d’entre vous ont passé moins de temps à l’école que Greta Thunberg. Alors si vous gagnez, montez sur scène, acceptez votre petite récompense, remerciez votre agent et votre dieu, et cassez-vous ». Ce qui vaut pour les Golden Globes vaut-il pour les Césars ? Réponse le 28 février.

 

David Abiker

 

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