Viens Malika !

Septième enfant d’une famille d’origine algérienne, Malika Bellaribi est née à Nanterre, au bidonville des Pâquerettes, dont l’abbé Pierre avait dénoncé l’existence. Malika, ça veut dire « reine » en arabe… Aujourd’hui, à 52 ans, elle est cantatrice, donne des concerts et organise des ateliers de chant dans les banlieues. Quel chemin parcouru ! Sa vie est un roman, qu’elle vient d’écrire et de publier. On est édifié par son courage, sa chaleur humaine et son amour de la vie. « C’est la musique qui m’a permis de ne plus me sentir une étrangère et qui a tout changé » nous confie-t-elle. Et quelle vie !

Elle a trois ans quand un camion lui passe sur les jambes. Rescapée par miracle, elle passe son enfance d’hôpital en centre de rééducation. « Ce sont les religieuses qui m’ont appris à lire. Un jour, le jour de la mort du pape Pie XII, dans la chapelle de la Maison de Nazareth où je résidais, j’ai entendu l’Ave Verum de Mozart. Cela m’a transpercé le cœur. » Lorsqu’elle est rentrée dans sa famille, après bien des années, Malika s’est sentie complètement décalée. « J’étais très contemplative avec des difficultés d’élocution. On m’a demandé de choisir mon camp : ma culture maghrébine et ma culture française. » Période difficile. Destructrice. « Le jour où l’on accepte ses contradictions, on s’enrichit. » Mort de son père, dureté de sa mère, qui la traite comme la Cosette de la famille. On essaie de la marier de force en Algérie, elle résiste, son frère la bat… Malika tient bon. Elle rencontre quelqu’un, un enfant naît… C’est le suicide de sa sœur aînée qui va provoquer une onde de choc en elle. « Mon vieux rêve de devenir chanteuse est remonté à la surface. J’ai repensé à cet Ave Verum de mon enfance et j’ai pris des cours de chant. » A 28 ans ! D’autres se seraient découragées. Pas Malika. Cours à l’Ecole normale de musique… Du travail, du travail. Un beau jour, en 1998, elle chante à la salle Gaveau devant 750 personnes des airs de Haendel, Vivaldi, Saint-Saëns… Sa mère est au premier rang. « A la fin, je l’ai cherchée des yeux parmi les gens qui applaudissaient. Elle était là, debout, le regard plein de larmes. » Il a deux mois et demi, elle chantait à Mogador pour les Elections de l’Opéra de Radio Classique dont la marraine n’était autre que Natalie Dessay !

Mais Malika n’a pas seulement voulu s’épanouir. Elle a cherché à aider les autres. « Je vais dans les quartiers et j’utilise le chant comme une thérapie. Dans les techniques vocales, il y a des choses très amusantes. Chanter permet de s’approprier d’autres codes et de mieux s’intégrer dans la société. » Son mari, qui est psychothérapeute l’aide à monter son association Voix en Développement. « Je le fais comme une mission. En même temps, je répare quelque chose en moi. J’ai reçu tellement de choses positives dans ma vie. » Avec un groupe de jeunes des quartiers, elle essaie de monter « Samson et Dalila » l’opéra de Saint-Saëns. « Mon cœur s’ouvre à ta voix » chante Dalila dans un air magnifique. C’est un peu ce que ressentent tous ceux qui la croisent, cette diva des banlieues, ce vilain petit canard devenu… rossignol.

Voici son programme :

La cenerentola- Rossini « Nacqui all’affanno… Non più mesta » (Teresa Berganza)

Madeleines ;

« J’ai la mémoire qui flanche » Jeanne Moreau

« Ave verum corpus » Mozart

« Ya laure hobouki » Fayrouz

Programme :

Maria Callas – Adriana Lecouvreur- F. Ciléà « Poveri Fiori »

Renata Scotto – Edgar- G. Puccini « Requiem aeterman » et « Addio, addio, mio dolce amor »

Lucciano Pavarotti – Andrea Chenier- Giordano « Come un bel di di maggio »

Lucciano Pavarotti -Stabat Mater- « Cuius animam »

Mady Mesplé – La dame de monte-Carlo- F.Poulenc

Tereza Berganza -Medea – « Medea! o Médea!… Solo un pianto »