Vidéo: Au Liban, la rue gronde et chante l’hymne à la joie

Depuis le 17 octobre, un véritable bras de fer entre la population libanaise et le pouvoir s’est engagé et les manifestations se multiplient. Des mouvements populaires souvent tendus face aux forces de l’ordre et à l’armée mais parfois c’est en musique que s’exprime la rue comme ce fut le cas à Beyrouth où une chorale s’est improvisée sur l’hymne à la joie de Beethoven.

Les voix de la colère

Mardi 22 octobre c’est la voix d’une jeune soprano chilienne qui brisait le silence du couvre-feu à Santiago en entonnant un chant de résistance, 2 jours plus tard, à Beyrouth des manifestants se rassemblaient sur la place des martyrs, au pied de la mosquée Mohammad Al Amine, pour chanter le célèbre 4e et dernier mouvement de la 9e Symphonie de Beethoven, l’hymne officiel de l’Union Européenne depuis 1972, ode à la joie et à la liberté. Une version adaptée pour l’occasion, chantée en arabe et avec des paroles de circonstance : « Notre révolution nous uni et Dieu nous protège ».

 

 

Un hymne à la joie qui rassemble les Libanais de toutes confessions

Parenthèse apaisée dans une crise qui a débuté le 17 octobre suite à l’annonce d’une taxe sur les appels via la messagerie WhatsApp. Décision vite annulée mais qui n’a pas calmé les manifestants qui sont descendus dans la rue surtout pour se plaindre de la pénurie chronique d’électricité, du manque d’emplois, de l’augmentation de la dette nationale et de l’inaction du gouvernement. Les annonces du 1erministre Saad Hariri (qui a démissionné depuis) le lundi suivant (baisse des salaires du président, des ex-présidents, des ministres et des députés, nouvelles taxes sur les banques, pas de hausse des impôts…) n’ont pas calmé la rue et l’appel jeudi du président Michel Aoun, qui s’est dit « prêt à dialoguer pour trouver la meilleure solution à l’aggravation de la crise économique » et a évoqué un remaniement ministériel, n’a pas répondu aux attentes des Libanais. Depuis, tensions et incidents se multiplient dans toutes les grandes villes du Liban Zahlé, Jal El-Dib, Zouk, Nabatiyé, Tripoli et surtout Beyrouth où l’on pouvait craindre un embrasement dû au multi-confessionnalisme si sensible dans cette terre du Levant. Heureusement il n’en est rien et l’hymne à la joie entonné jeudi a montré plutôt un élan de solidarité populaire que Karim Emile Bitar, directeur de recherche à l’IRIS, analyse comme « Une fraternisation entre des Libanais de tous les horizons, qui ont pris conscience que leur souffrance n’était pas uniquement individuelle et qu’ils formaient une majorité silencieuse qui en avait véritablement assez »

 

Philippe Gault

 

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