Véronique Sanson, les yeux dans les yeux

Les auditeurs fidèles l’auront compris : je rêvais de rencontrer Véronique Sanson. C’est non seulement une artiste extraordinaire, qui a écrit des chansons magnifiques, des mélodies sublimes, mais c’est aussi une personnalité qui m’a toujours fasciné. Après avoir vu l’excellent portrait de Didier Varrod sur France 3 (La Douceur du danger), j’ai été un peu frustré car, si elle parlait beaucoup de sa vie privée, on apprenait assez peu de choses sur sa manière de composer, sur sa formation musicale. Il était intéressant d’aborder cet aspect de son art avec elle. Et ce n’est pas une mince révélation de savoir qu’elle ne sait pas lire une note de musique, tout en maîtrisant parfaitement l’art de la composition, et qu’elle a joué (d’oreille et par coeur) Bach, Chopin ou Grieg, avant de s’accompagner sur scène.
Quelques phrases clés : « Un artiste n’est pas responsable de ce qu’il est, mais il est responsable de ce qu’il fait. » Ou : « Nous sommes à la fois ange, fée, Satan et Machiavel. » En plus, elle est très drôle, à la fois spontanée et soucieuse de trouver les mots justes. Et paradoxale : « Je suis très gentille… ou je tue. »
Le jour de l’enregistrement, qui a eu lieu lundi 20 décembre, son attachée de presse nous a prévenus qu’elle annulait le rendez-vous à cause des conditions météo. J’ai insisté : tant pis, je vais chez elle avec un petit magnéto et je braverai la neige, le froid et les embouteillages. Finalement, on a maintenu le rendez-vous, mais à Radio France (chez la concurrence ! c’était cocasse !), dans la grande loge du studio 104.
Elle est arrivée pas très en forme. Elle s’était entaillé le pouce, avait subi une intervention chirurgicale et s’était à nouveau blessée au même endroit le matin même. Un gros bandage et une attelle entourait son doigt. C’est pour cela que j’étais très intimidé au début, je sentais qu’elle souffrait, et qu’elle était angoissée à l’idée de son Olympia en mars.
A la moitié de l’entretien, j’ai eu un problème technique avec mon magnétophone : plus de place sur la carte puce, sans compter un faux contact qui me souciait beaucoup. Cela l’a amusée, et peut-être touchée, de me voir me débattre avec la technique. J’ai libéré de la place sur la carte avec la peur au ventre d’avoir peut-être effacé la première partie de l’entretien.
Pour le programme musical, elle ne m’avait pas donné de liste à l’avance (comme Martha Argerich, Maria Joao Pires, Fanny Ardant ou Jessye Norman). J’ai donc décidé de le construire à partir de l’interview, comme on le fait pour un portrait à la télévision. C’est moi, et non elle, je tiens à le préciser, qui ai décidé de diffuser un grand nombre de ses propres chansons. Certains auditeurs me le reprocheront en disant : c’est Radio Classique, pas Radio Nostalgie. Mais tant pis, j’assume. Prouvons que « la musique n’est pas sectaire » et qu’une artiste de cette dimension mérite un hommage particulier sur notre antenne.
Les trois pages de messages émus et reconnaissants qui sont arrivés à la radio m’ont rassuré. Avec Yann Lauvray, nous avons pris le temps de bichonner cette émission en la montant de manière la plus élégante et la plus agréable possible.
Voici donc le programme de l’émission :

2’40 Chanson sur ma drôle de vie (V. Sanson)
4’20 : Nocturne op. 55 n° 1 de Chopin par Horowitz
5’02 Pierre et le Loup de Prokofiev (Marche des Chasseurs) Fayçal Karoui
6’25 Clavier bien tempéré de Bach, par S. Richter
8’33 Concerto n° 2 de Rachmaninov (par K. Zimerman)
9’35 Ma Révérence (V. Sanson)
13’49 Amoureuse (V. Sanson)
17’27 Une Petite Cantate (Barbara)
21’35 : Le Maudit (V. Sanson)
25’21 Quelques mots d’amour (chanté par V. Sanson)
Puisque vous partez en voyage (Mireille et Jean Sablon)
30’37 Sentimental Journey (Doris Day)
30’40 Grieg : Arietta (Emil Gilels)
34’53 Rhapsody in Blue (Jean-Yves Thibaudet)
36’47 L’Irréparable (V. Sanson)
39’14 Etrange Comédie (V. Sanson)
A la fin : Qu’on me pardonne (V. Sanson)