Vanessa Wagner, « la discrète »

Elle est un peu la Françoise Hardy de la musique classique. Intègre, honnête, discrète et mélancolique. Mal à l’aise sur les plateaux de télévision, mais investie totalement dans son art. D’ailleurs le compositeur Gabriel Yared a aussi craqué sur elle en l’entendant dans Passion Classique.
Vanessa Wagner parle bien de ce qu’elle connaît parfaitement, choisissant ses mots de peur de trahir sa pensée ; inventant au passage un charmant néologisme (vivre en « austracie » : mélange d’autarcie et d’ostracisme) ; se dévoilant par reflets – « les miroirs devraient réfléchir avant de renvoyer leur image », disait Cocteau – l’image de Vanessa Wagner est séduisante (ces yeux !) mais elle n’en joue pas, ce qui rend sa vie intérieure plus intéressante encore. Elle comprend Schubert avec toute sa subtilité féminine, et a été élevée au lait de ceux qui l’ont incarné au plus près de ses paradoxes (Clara Haskil, Artur Schnabel, Radu Lupu, Alfred Brendel). Schubert qui était beau comme un astre à seize ans et laid comme un « champignon » (le sobriquet que lui donnaient ses amis) à vingt-cinq. Pauvre Schubert ! Quand on pense à tout ce qu’il nous a laissé, en si peu de temps, sans espoir d’entendre un jour tous ses chefs-d’oeuvre, ou de jouir d’une quelconque reconnaissance.
Vanessa Wagner est trop cultivée et trop sensible, sachant et sentant tout cela, pour se draper dans une vanité déplacée et forcément vulgaire. Elle vient d’une famille littéraire, non pas scientifique au contraire de nombreux solistes. Il est sans doute moins aisé d’exhiber ses sixtes et ses octaves à l’ombre de Proust que de Lavoisier.
Voici son programme (qui a subi de petites modifications en cours de route) :

madeleines:
-Mozart 2eme mt du concerto K488 par Barenboïm (premier enregistrement)
-Verdi / Traviata Cotrubas / Domingo / Kleiber
-Schubert: sonate D960 par Arthur Schnabel
morceaux classiques
-Beethoven sonate opus 109 par Solomon 2eme mt
-Sibelius concerto pour violon par Ferras
-Schumann: Oiseau prophète par Clara Haskil
-Bach / Siloti: prélude en si mineur par Emil Guilels
-Purcell: la mort de Didon
-Bach: Largo sonate pour orgue BWV 529 par Samuel Feinberg
mélodies:
Barbara: Pierre
Leonard Cohen: Suzanne
Brel: l’amour est mort (inédit 77)