UNE EXÉCUTION CAPITALE PAR KIRILL KONDRACHINE

LE LABEL PRAGA RÉÉDITE LE CONCERT DE LA CRÉATION DE LA SYMPHONIE N° 13 « BABI YAR » DE CHOSTAKOVITCH PAR KONDRACHINE. BOULEVERSANT.

Voici une réédition particulièrement bienvenue puisque le CD originel de cette Symphonie n° 13, paru chez Russian Disc, est épuisé depuis des lustres. Il s’agit de l’enregistrement d’une des deux premières exécutions de l’œuvre à Moscou, en décembre 1962. L’auteur des textes de Babi Yar, le poète Evgueni Evtouchenko, s’était violemment disputé avec Khrouchtchev quelques jours auparavant. Le sujet de son texte (l’anti-sémitisme) n’était évidemment pas du goût de tout le monde. Pendant les répétitions, le climat fut particulièrement tendu. Trois basses prévues pour le concert s’étaient désistées, suivant un ordre venu " d’en haut " et c’est finalement Gromadski, la doublure, qui assura le concert. La grandeur hiératique du chœur, l’éloquence inquiétante de la partie soliste, la puissance et l’invention de l’écriture orchestrale, tout concourra à produire une forte impression : la Symphonie " Babi Yar " est incontestablement l’une des grandes réussites de Chostakovitch. Mais il n’y eut à son sujet qu’une ligne lapidaire dans La Pravda du lendemain. Evtouchenko fut contraint de modifier son texte et Chostakovitch n’entendit plus jamais la version originale de sa Treizième Symphonie. Elle fut mise à l’index, et sa partition ne fut publiée que bien des années plus tard, après la mort du compositeur. Ce document bouleversant d’engagement, d’émotion est plutôt bien enregistré. Son écoute est prioritaire face à la version " officielle " de 1967, tirée de l’intégrale Melodiya de Kondrachine, avec la basse Arthur Eisen. Les mouvements 1, 2, 6, 7 et 9 de la Cantate " Octobre " de Prokofiev complètent, en guise de bonus, ce témoignage essentiel.